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Les prochains cafés-philo …


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PRÉSENTATION



Le travail va-t-il disparaître ?
à déterminer
Pierre-Jean Dessertine

Le café-philo d'Apt ne pourra plus se réunir au Restaurant de La Tour de l'Ho. Il recherche un lieu d'accueil sur Apt.

Ce peut être un autre établissement bar-restaurant, ou aussi un espace dans un établissement public s'il permet d'apporter une collation à consommer sur place dans le respect des lieux.

Email :
cafephilo.apt@gmail.com


Affichage des articles dont le libellé est [Pierre-Jean Dessertine]. Afficher tous les articles
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27/06/2014 : Comment l'homme vient au langage

Dans une première partie nous examinerons la genèse de la faculté de langage.
Le langage est-il en rupture, ou en continuité, avec le cri ?
Peut-on parler de langage animal ?
Le langage est-il naturel ou culturel ?

Dans une seconde partie nous évaluerons le pouvoir du langage :

Qu'est-ce qu'une langue dit de plus, ou de moins, qu'une autre ?
Peut-on tout dire ?
Faut-il vouloir une langue universelle ?

Pierre-Jean DESSERTINE 

20/12/2013 Compte-rendu "Faut-il avoir peur du vide ?"

Compte-rendu Café-philo Apt du 20/12/2013
Faut-il avoir peur du vie ?

Présentation de la question par Elisabeth Videcoq

La notion de vide est paradoxale. Le vide est absence d'être. Comment alors peut-il être ?
Première conséquence : les penseurs ont pendant très longtemps nié l'existence du vide.
Seconde conséquence : lorsqu'il a bien fallu l'admettre puisque l'expérience l'impliquait, il est apparu comme possédant les qualités d'un être à part entière. Le vide des physiciens est le lieu de champs gravitationnels et électromagnétiques.
Face à ces impasses, l'intervenante propose d'aborder le vide en tant que sentiment, ce qu'on peut appeler le vide « existentiel ».

Une de ses occurrences familières est la situation d'attente où le présent est évacué en faveur du futur. Symétrique est le sentiment de vide lié à la situation d'échec où le présent est évacué en faveur du passé.
Mais parfois, c'est le présent lui-même qui se refuse à nous motiver. Nous vivons alors dans une temporalité vide qu'il faut bien faire passer malgré tout. Cela peut être dû à un contexte démotivant - « il n'y a rien à faire ici ». Mais Pascal met en évidence une cause plus essentielle à l'ennui et qui est en soi-même, lorsque l'homme sent « son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide » liés à sa condition.
L'apathie dépressive comme contrecoup de l'activité exigée par la vie sociale est le symptôme de l'absence de sens - du vide - de cette vie.
Le deuil est un processus psychique résultant du vide laissé par la perte d'une relation affective importante pour la valeur de son existence.
D'une manière générale l'expérience de la souffrance, qui est toujours finalement une expérience de sa solitude, creuse toujours un sentiment de vide.

Comme le montre Pascal, la fuite à tout prix dans le divertissement est alors trop souvent la réponse donnée au sentiment de vide. Mais le divertissement – qui signifie se détourner du problème au lieu de le résoudre – approfondit le sentiment de vide car il éloigne l'homme du sens qu'il pourrait donner à sa vie pour qu'elle retrouve une plénitude.
L'intervenante montre alors en quoi la société contemporaine est une société où ce sentiment de vide s'exacerbe dans le même mouvement où le divertissement se généralise jusqu'à prendre parfois la forme d'addictions.
Un des phénomènes les plus significatifs à cet égard est le délitement du lien social et la montée de l'individualisme narcissique.

Pour conclure l'intervenante met en perspective la valeur négative du vide dans la culture occidentale par opposition à la valeur positive que lui donnent des pensées orientales comme le bouddhisme.
Ce qui lui permet d'ouvrir le débat sur la question : Le vide est-il une fatalité ou une opportunité ?
Débat

Les interventions des participants au débat ont été riches dans le sens où elles ont multiplié les points de vue sur le sens que peut prendre le vide dans l'existence humaine.

On a souligné le passage d'une certaine plénitude au vide des sociétés encore primitives à partir du moment où leur étaient imposées les valeurs de la civilisation occidentale.
Dans la foulée on a constaté la capacité de faire le vide, non seulement dans les cultures différentes, mais aussi dans la biosphère, de cette civilisation occidentale qui se mondialise.
A été évoquée cette angoisse universelle du vide qu'on appelle le vertige ; on a fait l'hypothèse qu'elle puisse être reliée au choc psychologique qu'est la naissance. Dès lors est apparu la possibilité d'un lien entre le vécu de la brutale mise en espace du nouveau-né humain et la prégnance des sentiments négatifs liés au vide dans l'existence humaine.
Mais on a aussi remarqué que, concernant les affects liés au vide, il fallait sans doute faire une distinction entre la culture occidentale et les pensées orientales. On a souligné que pour le Bouddhisme entre autres le vide était le but ultime – le Nirvana – et le principe d'une spiritualité très riche qui passe par le renoncement au désir.
Cependant ce but restant obscur par sa dimension mystique, une participante a fait remarquer que d'une manière générale l'idée de vide se manifeste toujours lorsqu'une chose qui nous intéresse disparaît. Si bien que le sentiment négatif du vide doit être relié au sentiment de manque.
La pensée de Bergson a été alors évoquée. Pour ce philosophe le vide est une illusion car si l'on s'en tient à notre expérience dans son immédiateté, il n'y a jamais de vide : dès que quelque chose disparaît il y a autre chose qui la remplace. Parler de vide, c'est ne tenir compte que de ce qui disparaît parce que ça nous intéresse en escamotant ce qui apparaît.
Cette analyse est intéressante parce qu'elle permet de comprendre pourquoi on ne trouve jamais une réalité absolue du vide, mais seulement une réalité relative. Il n'y a pas le vide, mais il n'y a que des vides de quelque chose.
On a vérifié ceci pour les deux vides les plus importants de l'existence humaine : on ne peut arriver à aucun début de conception d'un vide qui précéderait notre naissance comme de celui qui suivrait notre mort.

Finalement, à partir de l'idée que l'existence de tout être humain se remplit de sa capacité de donner sens à sa vie, il semble bien qu'un certain consensus se soit fait sur l'idée que le vide est essentiellement absence de sens. Le vide de quelque chose étant la conscience de la perte d'un être qui faisait sens pour soi.

Le vide d'une société serait alors exactement proportionnel à sa faculté d’aliéner la capacité des individus à donner du sens à leur vie.

Pierre-Jean Dessertine

Café-philo du 27 septembre : Un café-philo, pourquoi ?

Présenté par Pierre Jean Dessertine et Martin Videcoq


Pourquoi un café philo ?

Pour une réflexion afin de mieux maîtriser les buts et les moyens du café-philo dApt.

Toute introduction dune réflexion met en scène un problème. Nous examinerons dabord cette notion de problème, ce qui nous permettra de préciser comment se constitue un problème. Nous appliquerons ces éléments au café-philo pour montrer en quoi son but peut être un problème, et justifier ainsi la question-titre.

Cela nous amènera à prendre en compte les motivations qui font choisir un individu de participer à un café-philo. Nous verrons en quoi lon peut dire que ce choix daller à un café-philo exprime le plus haut degré de la liberté humaine.

Mais cette liberté quon exerce en participant à un café-philo ne doit pas nous cacher la constellation de motivations qui concourent à notre choix. Or cette constellation de motivations est propre à chacun, et même à chaque décision dun individu de se rendre à un café-philo. Si bien quil faut reconnaître quil ny a de réponses que singulières à la question-titre. La réponse est donc indéfiniment multiple et, finalement, confiée à la volonté de chacun d’être plus lucide sur soi-même.

Mais avant de retourner chacun à son examen intérieur, il faut reconnaître une constante dans cette multiplicité : le désir de vérité ou de lucidité est bien la motivation prévalente quon retrouve dans toutes les décisions de participer à un café philo. Il faut donc nous y intéresser car elle est finalement la motivation qui nous réunit à coup sûr. Elle est la réponse universelle à la question-titre. Nous lavons développée lors du premier café-philo que nous avons animé.

Mais nous ne sommes pas « tout le monde » ici. Nous sommes un groupe particulier dhumains. Il y a donc place pour une réponse particulière à notre question-titre. Cette réponse ne dépassera pas la réponse universelle, elle la complétera. Elle répondra à la question : « Pourquoi un café philo en Apt en 2013-2014 ? » Car pour nous qui sommes réunis ici, limportant est bien, ce vers quoi nous pouvons aller ensemble au long de ces rendez-vous mensuels. Vers de nouvelles visions du monde ? Vers louverture de lhorizon de notre avenir commun ? Vers une meilleure maîtrise de notre pensée ? Vers un soulagement de notre désarroi ? Vers une meilleure connaissance de soi ? Vers une reprise en main de notre liberté ?


Ce ne sont là que quelques exemples dattentes qui peuvent être très diverses. Mais en échangeant sur elles, nous serons plus lucides sur ce que nous pouvons espérer de notre café-philo, et nous serons mieux à même de résoudre les problèmes techniques de son organisation.


Annexe : Mais un café-pilo, Ques'aco?

Extrait de la charte du réseau Sophia :

Objectifs :
Article 2 : Les cafés philo et activités similaires ont pour première mission de servir d’accès à la philosophie. La pratique des débats est donc subordonnée à cette finalité philosophique et aux finalités intrinsèques de la philosophie. Ces activités ont ensuite pour second objectif de faire rentrer la philosophie dans des lieux publics (cafés, bibliothèques, salons, jardins... etc) afin de faire revenir la philosophie au coeur de la vie publique, de manière vivante et directe.

Sujets :
Article 10 : Dans les cafés philo et activités similaires, tous les sujets peuvent être débattus s’ils sont traités de manière philosophique. Il n’y a pas de sujets qui ne soient pas philosophiques ; les sujets de société, politiques et de citoyenneté sont des sujets philosophiques à part entière. Les sujets doivent être traités de manière objective, en s’appuyant sur la connaissance scientifique, en suivant une argumentation logique et rationnelle, et en procédant à une confrontation finale à la pierre de touche du réel.

Règles du débat :
Article 11 : Les cafés philo et activités similaires sont des lieux de débats publics ouverts. Tous les participants peuvent prendre la parole ou préférer écouter les débats s’ils le désirent. La seule condition est de respecter les règles du débat démocratique, en discutant sur les idées et les arguments et non sur les personnes, en évitant les conflits personnels et la monopolisation de la parole, en évitant que les débats ne deviennent des conférences, et surtout en écoutant de manière ouverte et attentive la parole de chacun car la vérité n’est le monopole de personne, de même que les préjugés.

Charte complète sur : 

Premiers pas en Philosophie

C'est le titre du dernier bouquin de Pierre-Jean DESSERTINE : un manuel d'initiation à la philosophie, un parcours de l'histoire de la philosophie.

Pour en savoir plus, cliquez sur Premiers pas en Philosophie

L'errance : fuite ou sauvegarde ? Café-philo du 24 mai

Compte-rendu du café-philo du 24 mai 2013 – L'errance : fuite ou sauvegarde ? – présenté par Catherine Pageard
Pour réécouter l'intervention :
http://www.catherinepageard.blogspot.fr/2013/06/lerrance-fuite-ou-sauvegarde-telle.html

En s’appuyant sur un exemple, l’intervenante aborde l’errance comme une marche qui se démarque radicalement de la marche commune (déplacements utilitaires, promenades, etc.). L’errance apparaît toujours comme la quête d’un lieu qui ne semble jamais pouvoir être véritablement atteint.
Dès lors le problème qui est posé par l’errance est de savoir si elle exprime liberté humaine ou plutôt son impuissance.
La réponse proposée est multiple car sont multiples les figures de l’errance.

Il y a l’errance régressive qui répète son trajet indéfiniment car le lieu d’arrivée n’est jamais l’aboutissement de la quête. En effet, celle-ci visant le passé, elle ne peut trouver son objet dans le présent.

Il y a l’errance de purification qui vise à se dépouiller des oripeaux de la vie sociale pour nouer un contact plus intime et profond avec le monde.

Il y a l’errance de formation qui amène le tout nouveau adulte à « faire la route » pour mieux se connaître lui-même tout en découvrant le monde afin d’être plus lucide sur la place qu’il peut y occuper.

Il y a l’errance de décrochage sociale – vagabonds, clochards, zonards – pour laquelle l’activité de déplacement vaut pour elle-même comme substitut pour l’impossibilité d’être actif dans le cadre de la vie sociale. La fugue peut être comprise comme une forme éphémère (et souvent juvénile) de ce type d’errance.

On voit que certaines forme d’errance manifestent plutôt l’impuissance et la fuite, alors que d’autres sont plutôt du côté de la liberté et de la sauvegarde. Mais l’intervenante se garde bien d’essayer de réduire l’une à l’autre ; elle maintient cette bivalence de l’errance comme un motif essentiel pour stimuler notre réflexion.

Débat


L’idée que l’errance soit une quête de quelque chose de déterminé a été contestée en argumentant que ce qu’on appelle errance est spécifiquement le déplacement sans but, disponible, et aventureux.

Une issue à ce dilemme a été trouvée par recours à l’étymologique : « errance » est dérivé du même radical que « errements » et « erreur ». On peut alors considérer que l’errant a un but, mais qu’il le manque. Cela permet de rendre compte du caractère indéfini et aléatoire de son cheminement. Ce qui a d’ailleurs amené la remarque que l’errance pouvait être rapprochée du jeu.

On a fait valoir, à juste titre, que l’errance était bien plus large que sa forme marchée. Ceci n’était pas une critique de l’intervenante qui, justement, s’est limitée à la marche de façon à mieux cerner la problématique en l’alimentant de lectures de passages d’essais littéraires qui examinent de façon privilégiée cette forme d’errance. Mais cela a permis d’ouvrir le champ de la réflexion et amener à reconnaître en l’errance une dimension essentielle de notre humanité.

On a ainsi reconnu l’importance de l’errance dans les activités sociales (l’errance professionnelle), mais aussi l’errance dans les relations sentimentales, ou encore l’errance collective, comme celle des peuples déplacés par les aléas de l’histoire – l’exil et l’émigration peuvent ainsi être rattachés à l’errance.

Finalement on s’est accordé pour reconnaître que, loin d’être un phénomène de la marginalité sociale, l’errance nous concernait tous, et semblait toucher nos ressorts les plus intimes. C’est pourquoi ce thème a pu provoquer un débat à la fois passionné et passionnant.


Nous avons fait l’hypothèse, en conclusion, que chacun est ou a été, en quelque manière, errant. Car aussi bien l’histoire que l’archéologie montrent que l’espèce humaine, parmi toutes les espèces vivantes, est l’espèce errante par excellence.

Pierre-Jean DESSERTINE

L'homme va-t-il changer sa nature ?

Compte-rendu Café-philo Apt du 18/01/2013

La question est présentée explicitement comme ouvrant à une réflexion sur une idéologie très débattue de nos jours : le transhumanisme.

La présentation est développée en 3 étapes :
1.      Faut-il prendre au sérieux l’idée que l’homme puisse changer sa nature ?
2.      Le transhumanisme est-il une libération ?
3.      Le transhumanisme est-il une illusion ?

1. Faut-il prendre au sérieux l’idée que l’homme puisse changer sa nature ?
Il est montré d’abord que les hommes ont toujours rêvé d’une nature autre qui serait immortelle.
Mais aujourd’hui si l’on parle de changer de nature, ce n’est plus en s’appuyant sur l’imagination mais sur des réalités :
--> nous avons une expérience vécue des changements de plus en plus intrusifs que la médecine opère en nous.
--> le développement récent de nouveaux domaines scientifiques convergents – les Nanotechnologies, les Biotechnologies, l’Informatique, et les sciences Cognitives (les N.B.I.C.) –  rend un changement de notre nature à portée des techniques rendues possibles par ces savoirs ; ces techniques pourraient en effet abolir les limites auxquelles depuis toujours les hommes ont été confrontés, et tout particulièrement la mort au bout de quelques décennies.
Le transhumanisme est l’idéologie portée par des associations qui s’activent depuis, les années 80, pour promouvoir le développement et l’usage de ces techniques sans réserves.
Ainsi, avec le transhumanisme le changement de la nature humaine est devenu quelque chose de tout à fait sérieux

2. Le transhumanisme est-il une libération ?
Le transhumanisme ne devrait-il pas nous réjouir ? Il préconise de favoriser toutes les techniques utiles à notre bien-être ; il nous annonce la possibilité un avenir de bonheur généralisé !
Pourtant il se heurte à l’écologisme, très populaire de nos jours. L’écologisme récuse le projet de maîtriser la nature et préconise que l’humanité vive en harmonie avec les autres composants de la biosphère.
Il se heurte également à toutes sortes de freins culturels hérités du passé (croyances, morales, mœurs traditionnelles, etc.)
Pour les transhumanistes, l’homme est resté trop timoré par rapport à la nature : il est temps qu’il assume pleinement sa rationalité et les pouvoirs qu’elle lui donne.
Le transhumanisme se place dans le cadre de la philosophie utilitariste définie par Bentham (fin du XVIII° siècle) : Est bien ce qui est utile – est utile ce qui contribue à augmenter le bonheur de la société – le bonheur la société s’évalue par un calcul des plaisirs et des peines de l’ensemble des individus qui la composent – est donc bien tout ce qui augmente la quantité de plaisir et diminue la quantité de peine dans la société.
Le transhumanisme, c’est l’idée que la technoscience apporte de formidables promesses pour augmenter la quantité de plaisirs et diminuer la quantité de peines : elle est donc le bien par excellence pour notre vie sociale.
Si bien que la valeur suprême (le Souverain Bien) en fonction de laquelle doivent se faire tous les choix humains est le bien-être entendu comme plénitude de sensations positives (ou plaisirs). Et les transhumanistes prévoient de changer l’humain en ce qu’ils appellent le « posthumain » pour réaliser cette valeur.
Pour justifier ce changement de notre nature humaine, les transhumanistes se réfèrent à l’humanisme de Pic de la Mirandole qui écrivait dans son Oraison sur la dignité humaine (1486), sous la forme d’une adresse de Dieu à Adam :
« ô Adam, nous ne t'avons donné ni une place déterminée, ni une physionomie propre, ni aucun don particulier, afin que la place, la physionomie, les dons que toi-même tu aurais souhaités, tu les aies et tu les possèdes selon tes vœux, selon ta volonté. Pour les autres, leur nature définie est régie par des lois que nous avons prescrites; toi, tu n'es limité par aucune barrière, c'est de ta propre volonté, dans le pouvoir de laquelle je t'ai placé, que tu détermineras ta nature. (…). Tu pourras dégénérer en formes inférieures, qui sont bestiales; tu pourras, par décision de ton esprit, te régénérer en formes supérieures, qui sont divines. »
Les transhumanistes se donnent le mérite de tirer toutes les conséquences de cette proclamation qui légitime, pour l’homme, le projet de changer sa nature

3. Le transhumanisme est-il une illusion ?
Les transhumanistes considèrent que le posthumain serait « divin » (cf. texte de Pic) parce qu’il exprimerait la réalisation du bonheur par la raison.
Mais ne peut-on pas dire aussi qu’il serait « bestial », puisqu’il réalise une forme de bonheur – par les sensations positives – qui pourrait tout aussi bien être celui de l’animal ? Mon chat, maître dans l’art du bien-être, et qui ne se sait pas mortel, n’est-il pas d’emblée plus proche que moi du posthumain ?
J’aime bien mon chat, mais je ne veux pas être réduit à mon chat. Il me semble qu’en tant qu’humain ma véritable satisfaction doit passer par d’autres voies.
Il faut remarquer la totale évacuation de la culture humaine par le transhumanisme.
En effet, la culture est l’ensemble des créations humaines qui sont reconnues comme méritant d’être conservées et transmises parce qu’elles enrichissent le monde et par là valorisent l’humanité (dans l’idéologie transhumaniste, ce n’est pas le cas de la raison, de la science et de la technique, car elles ne valent que comme moyens pour le bien-être).
La culture, c’est l’invention de nouvelles formes de vie par le seul vivant qui doit inventer ses biotopes parce qu’il n’a pas de biotope assigné.
La culture apporte un type de satisfaction entièrement différents des satisfactions sensibles auxquelles les transhumanistes voudraient limiter les humains : il s’agit d’une satisfaction essentiellement spirituelle (même si elle peut avoir une résonance physique) et qui n’enferme pas l’individu en lui-même puisqu’elle tend spontanément à être partagée.
De cette satisfaction, qui seule donne sens à une vie humaine, le posthumain serait exclu.
Le critère qui fait reconnaître comme culturelle une œuvre humaine est de pouvoir être reconnue par tous comme valorisant l’humanité.
Ne font pas partie de la culture les produits de l’activité humaine qui ne valent que pour un intérêt particulier.
Il faut faire alors l’hypothèse que le rejet de la culture par les transhumanistes est peut-être le moyen pour un intérêt particulier d’asservir les hommes à une seule valeur finale – le bien-être.
Or cette primauté de la valeur de bien-être caractérise déjà notre société technico-marchande qui en fait une promotion incessante. Elle sert l’intérêt de ceux qui contrôlent les flux de marchandises destinées à être consommées et en tirent profit et puissance.
Notre société technico-marchande est aujourd’hui en crise : d’une part elle ne trouve plus de débouchés suffisants pour ses marchandises, d’autre part elle engendre le doute par les crises écologiques, sociales et existentielles qu’elle provoque.
Peut-être que l’idéologie transhumaniste ne fait qu’ajouter à cette propagande pour faire de ce bonheur technocratique notre horizon souhaitable et indépassable ?
Le transhumanisme ne serait-il pas la réclame magnifiée, grandiose, générale, d’un système technico-marchand qui cherche à se relancer ?

Ce qui est certain c’est que le posthumain, loin d’être un « homme-plus » selon l’expression parfois employée par les transhumanistes, sera inévitablement un « homme-moins ». Non seulement ses désirs seront rabattus au niveau des satisfactions animales, mais il aura perdu la liberté qui faisait sa dignité.
Car que peut être une liberté entièrement bridée par les appareillages techniques nécessaires à son bien-être ?
Que peut être une liberté qui n’a plus à se soucier des valeurs finales en fonctions desquelles on doit vivre ?
Que peut signifier une liberté pour laquelle il n’y a même plus d’enjeu à choisir puisque, le temps de vie n’étant pas limité, on peut toujours revoir ses choix ?

Débat

Il n’y avait, semble-t-il, pas de transhumanistes dans la salle. Le débat, en effet, a été consacré à approfondir certains aspects de la critique du transhumanisme.

Il a d’abord apporté des aperçus complémentaires sur ce que serait l’homme du futur si les transhumanistes imposaient leurs choix :
– que vaudrait une vie de bien-être qui ne connaîtrait pas le mal-être ?
– ce serait sans nulle doute une humanité à deux vitesses, en laquelle une élite profitant des bienfaits de la technique aurait relégué définitivement à une condition inférieure des humains considérés comme sans valeur, parce que restés dans leurs limites d’antan ;
– ce serait une société de totalitarisme technocratique. Ce totalitarisme se manifesterait d’abord dans la gestion de la population posthumaine qui procéderait d’un eugénisme drastique ;
– ce serait une société qui ne pourrait maintenir les relations familiales, les relations parents/enfants étant devenues ingérables par la longévité indéfinie des parents.

Il a été judicieusement remarqué que le posthumain ne nous était, d’ores et déjà, pas si étranger que ça, car certains comportements déterminés par les nouvelles technologies nous en montraient quelques caractères : le bien-être et la liberté vaine de celui qui joue indéfiniment à un jeu vidéo ; la relation à autrui sans risque de souffrance sur les réseaux sociaux virtuels d’Internet.

Les échanges ont aussi permis de mettre l’accent sur la dimension politique de l’idéologie transhumaniste. On a remarqué que le mouvement transhumaniste pouvait annoncer la possibilité d’un prochain totalitarisme, comme le mouvement futuriste avait annoncé, au siècle dernier, les fascismes.
Des interventions ont contribué à mettre à jour les orientations que peuvent prendre dès aujourd’hui, nos sociétés occidentales, sur la voie préconisée par les transhumanistes. Ces orientations sont d’autant plus difficiles à combattre, qu’elles avancent le plus souvent masquées derrière des arguments consensuels, tels une avancée des libertés, ou un gain de bien-être commun. On a souligné qu’en sous-main de ces décisions, se trouvaient sans nul doute des transhumanistes ayant une prise directe sur le pouvoir politique.
On a aussi noté le découplage complet, concernant l’enjeu transhumaniste, des pays non développés de ceux qui sont développés ou se développent.
On a terminé sur la nécessité collective de mieux utiliser notre liberté de citoyen pour ne plus subir passivement la dérive transhumaniste.

Pierre-Jean Dessertine, le 19/01/2013

La café-philo redémarre !

Le café-philo d'Apt redémarre ! avec une énergie renouvelée, ... et un nouvel animateur : Pierre Jean Dessertine.
Pour en savoir plus sur Pierre-Jean, vous pouvez consulter son blog et son site :

http://intempestifs-a-s.blogspot.fr/2012/01/quenfin-la-democratie-advienne.html
http://pjdesser.free.fr/#