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Les prochains cafés-philo …


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PRÉSENTATION



Le travail va-t-il disparaître ?
à déterminer
Pierre-Jean Dessertine

Le café-philo d'Apt ne pourra plus se réunir au Restaurant de La Tour de l'Ho. Il recherche un lieu d'accueil sur Apt.

Ce peut être un autre établissement bar-restaurant, ou aussi un espace dans un établissement public s'il permet d'apporter une collation à consommer sur place dans le respect des lieux.

Email :
cafephilo.apt@gmail.com


16/01/2015 Les animaux et nous

Le rapport contemporain de l’homme à l’animal est caractérisé :
·      par une extrême violence : destruction massive de populations, élimination d’espèces, utilisation comme matière première industrielle ;
·      par la raréfaction de la relation : nous vivons de plus en plus avec des objets et de moins en moins avec des animaux ;
·      par une candeur idéaliste de sa représentation : dans la culture contemporaine il est volontiers représenté comme un quasi semblable, dont nous sépareraient de simples problèmes de communication.

Pourtant il suffit de nous retourner vers notre mémoire collective pour savoir que l'animal a toujours été – jusqu'au dernier siècle - très proche de l'homme.

Alors pourquoi sommes-nous si indifférents face à l'effacement de l'animal dans notre environnement ?

Aimons-nous vraiment les animaux comme nous le proclamons si volontiers ?

Pourquoi leur faisons-nous si peu de place dans nos projets d'avenir ?

L’animal serait-il destiné à ne devenir qu’un facteur contribuant au pittoresque de notre environnement, mais dont on pourrait se passer, quitte à aller le visiter dans un parc ?

Ne serait-il pas essentiel à notre humanité ? Et en quel sens ?

Débat introduit par Pierre Jean Dessertine

20/02/2015 : La Dignité


Cette notion qui est sur toutes les langues, que recouvre-t -elle ?


Reliée à la vie et par-delà, à la mort, la notion de dignité, s’évoque et s’invoque depuis la conception de l’être humain (encadrée par des commissions d’Ethique) depuis le premier cri poussé par l’enfant qui vient de naitre, entouré de tous les soins possibles.

Depuis son enfance jusqu’à son adolescence à travers les relations familiales et les étapes socio-éducatives (encadrées par des Chartes…) pour le guider vers l’apprentissage de l’autonomie.

Et ensuite dans sa vie adulte et autonome avec tous les aléas des accidents de la vie (encadré par les droits socio-économiques et politiques) jusqu’à l’étape ultime, la mort, et ses conditions où s’affrontent différents courants de pensées.
 

Chacun d’entre nous est confronté à cette notion de dignité et se fait fort de la toucher du doigt.

A travers l’examen de l’histoire de cette notion de dignité peut-on en extraire une définition ou en tous cas des éléments suffisamment probants qui satisfassent le sens commun ?



Débat Présenté par Hillel Feuerwerker

N'est-ce pas le moment de lire "Le Léviathan" ?

Publié en 1651, "Le Leviathan" de Thomas Hobbes est d'une grande actualité. Peut-être est-ce le temps de le lire ou le relire ?

Téléchargeable librement en pdf sur :
 http://classiques.uqac.ca/classiques/hobbes_thomas/leviathan/leviathan.html


Extraits du site La-Philosophie.com
Le Léviathan, sous-titré Traité de la matière, de la forme et du pouvoir d’une république ecclésiastique et civile, est un ouvrage du philosophe anglais Thomas Hobbes dont la radicalité est saisissante : partant d’une anthropologie (conception de l’homme) pessimiste, faisant de l’homme un ennemi pour les autres hommes, il conclut la nécessité d’un Etat fort, le Léviathan, lequel sera chargé d’assurer la sécurité des membres en échange de leur obéissance, formant ainsi un pacte social et politique. Il inaugure la grande tradition philosophique du contractualisme.
Plan de l’oeuvre :

Le Léviathan de Hobbes est divisé en quatre parties:
- sur l’homme
- sur le contrat social
- sur la communauté chrétienne
- sur le royaume des ténèbres.


Résumé du Léviathan de Hobbes :

La première partie commence naturellement par une étude sur l’homme. Hobbes soutient que l’homme existe dans le monde comme une créature réactive, qui agit selon les mouvements permanents du monde. Ces derniers font naître chez l’homme ldes désirs insatiables, ce qui le pousse à prendre à l’autre ce qu’il ne possède pas : l’état de nature des hommes est un état de guerre permanent et d’anxiété. L’homme a selon Hobbes un désir de protéger ce qu’il possède, il a donc tout intérêt à trouver un protecteur. Ainsi, un État ou une communauté est établie avec le seul but de protéger la vie et les propriétés de ses membres.

La deuxième partie est consacrée à l’explication des obligations du citoyen à cet Etat, ainsi la forme et les fonctions du Léviathan. Hobbes présente la monarchie comme la meilleure forme de gouvernement, puisque dans toutes les formes gouvernements le pouvoir manque de force pour protéger ses sujets contre les agresseurs extérieurs et contre eux-mêmes.

La troisième partie tente de répondre à la question: l’obéissance à une autorité souveraine est-elle compatible avec l’obéissance à une autorité divine? Selon Hobbes, il n’y a pas de conflit entre les lois civiles et celles de Dieu, si l’on accepte la séparation du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel. Parce que Dieu est totalement surnaturel, le seul pouvoir qui existe pour l’homme est le pouvoir souverain.

Enfin, dans la quatrième partie, Hobbes brosse un tableau saisissant de ce qu’est la vie humaine quand elle déroge aux principes qu’il a énoncé précédemment, l’enfer terrestre de l’état de nature.^
En guise de conclusion :

Cette oeuvre fondatrice de la philosophie politique qu’est le Léviathan pose les bases d’une société moderne, reposant sur la légalité du pouvoir. La notion de contrat social inspirera le Contrat Social deRousseau, ainsi que toute la pensée légaliste, de Spinoza à Kant.

Après les massacres des 7 au 9 janvier : Le fanatisme religieux et nous.

Il y a quelques jours nous avons vécu un traumatisme collectif par les massacres perpétrés par des fanatiques religieux alors que s’échangeaient encore des vœux de bonne et heureuse année.

Après le moment du choc, de la sidération, est venu celui du réconfort : nous nous sommes retrouvés, étonnamment nombreux, dans l’espace public, pour partager notre émotion. Ce moment a été très important car il semble que nous ayons renoué, par la reconnaissance partagée de notre attachement à un certain esprit d’irrévérence vis-à-vis des pouvoirs incarné par Charlie Hebdo, avec une vérité précieuse sur nous-mêmes que nous avions perdue de vue.

Il serait intéressant de réfléchir sur ce que peut être cette vérité qui nous constitue en tant que société malgré toutes nos différences, et qui résonne si largement dans la conscience des hommes de par le monde – comme on l’a vu avec le mouvement international de solidarité suite à ces événements.

Car le troisième moment – celui que nous avons atteint aujourd’hui – ne peut être que celui de la réflexion en vue de l’action. Mais il ne faut pas confondre l’action avec la réaction. Dans le comportement par réaction les buts ne sont-ils pas déterminés par l’agresseur, plutôt que par celui qui réagit ?

On peut alors se demander si ce langage guerrier que l’on entend beaucoup aujourd’hui et qui incline à renforcer les pouvoirs de police et de répression, et à légiférer pour restreindre les libertés, n’est pas essentiellement un symptôme réactif. L’ennui, alors, serait qu’il ait été anticipé par les agresseurs – ou plutôt leurs commanditaires – et que, finalement, il servirait leurs intérêts.

La réflexion pour l’action se demandera plutôt ce que nous pouvons faire, en tant que société singulière – française et multiculturelle –, pour que recule le fanatisme religieux.

La première lucidité n’est-elle pas d’avoir conscience que ces tueurs fanatisés et surarmés viennent de chez nous ? N’ont-ils pas grandi parmi nous et fréquenté nos institutions ? Ne ressemblent-t-ils pas à tant de jeunes avec qui nous avons travaillé, en lesquels nous avons pu nous fier pour l’intérêt commun ?

S’il faisaient partie du « nous » par lequel nous faisons société, comment ont-ils pu dériver vers des comportements aussi meurtriers et suicidaires ? Qu’avons-nous manqué pour que soit possible une telle dérive ? Pourquoi tant de jeunes – des centaines – désertent-ils notre vivre-ensemble pour s’engager dans le djihad au Moyen Orient ?
 
Cela n’a-t-il pas à voir avec l’éclipse de cette valeur collective avec laquelle nous avons renoué après le massacre à Charlie Hebdo ?

Qu’est-ce qu’être fanatique ? Comment le devient-on ? Pourquoi le fanatisme s’empare-t-il si volontiers de la croyance religieuse ? Pourquoi la laïcité a-t-elle été impuissante à se poser en rempart ?

Nous proposons, en tant que café-philo, de participer à cette réflexion désormais très nécessaire sur « le fanatisme religieux et nous ».


Pierre Jean DESSERTINE

19/12/2014 Débat autour du livre "Le Royaume" d'Emmanuel Carrère

Il n'est pas nécessaire d'avoir lu le livre pour participer au débat.

Un des grands intérêts du livre " Le Royaume" est ce dialogue entre les deux Emmanuel Carrère :
- celui d'il y a 20 ans, qui a fait preuve pendant 3 ans d'une foi dévorante et mystique, qui passait plusieurs heures par jour à lire l' évangile selon St Jean, et à remplir ses carnets évangéliques,
- et l'agnostique d'aujourd'hui, "même pas assez croyant pour être athée", mais qui garde un "goût" pour la Parole, pour le Nouveau Testament et analyse honnêtement ce qui lui reste du message du Royaume.

Ce dialogue tourne autour de trois questions principales :
- les sources : quel est exactement le message originel du Nouveau Testament, comment s'est-il constitué ?
- comment expliquer l'incroyable succès de ce message ? Comment une petite secte de Palestine, une région perdue de l'empire romain, est-elle devenue la principale église de l'empire, à l'origine des principales religions du monde occidental ?
- que reste-t-il du message originel ? Que signifie "Le Royaume" aujourd'hui ?


Extraits du "Royaume" :
« À un moment de ma vie, j’ai été chrétien. Cela a duré trois ans. C’est passé.

Je suis devenu celui que j’avais si peur de devenir. Un sceptique. Un agnostique – même pas assez croyant pour être athée. Un homme qui pense que le contraire de la vérité n’est pas le mensonge mais la certitude. Et le pire, du point de vue de celui que j’ai été, c’est que je m’en porte plutôt bien.

Affaire classée, alors ? Il faut qu’elle ne le soit pas tout à fait pour que, quinze ans après avoir rangé dans un carton mes cahiers de commentaire évangélique, le désir me soit venu de rôder à nouveau autour de ce point central et mystérieux de notre histoire à tous, de mon histoire à moi. De revenir aux textes, c’est-à-dire au Nouveau Testament.

Ce chemin que j’ai suivi autrefois en croyant, vais-je le suivre aujourd’hui en romancier ? En historien ? Je ne sais pas encore, je ne veux pas trancher, je ne pense pas que la casquette ait tellement d’importance.

Disons en enquêteur. »
../..

« Non, je ne crois pas que Jésus soit ressuscité. Je ne crois pas qu'un homme soit revenu d'entre les morts. Seulement, qu'on puisse le croire, et de l'avoir cru moi-même, cela m'intrigue, cela me fascine, cela me trouble, cela me bouleverse [...]. J'écris ce livre pour ne pas me figurer que j'en sais plus long, ne le croyant plus, que ceux qui le croient et que moi-même quand je le croyais. J'écris ce livre pour ne pas abonder dans mon sens. »
../..

« Toute la doctrine de Paul, si on peut appeler doctrine quelque chose d’aussi intensément vécu, repose là-dessus : la résurrection est impossible, or un homme est ressuscité. En un point précis de l’espace et du temps s’est produit cet événement impossible, qui coupe l’histoire du monde en deux : avant, après, et coupe aussi en deux l’humanité : ceux qui ne le croient pas, ceux qui le croient, et pour ceux qui le croient, qui ont reçu la grâce incroyable de croire cette chose incroyable, rien de ce qu’ils croyaient auparavant n’a plus de sens. »

Mais pour Carrère la résurrection et l’au-delà ne sont pas le coeur du Royaume. L’essentiel du message n’est-il pas le Sermon sur la montagne de Matthieu, le sermon dans la plaine de Luc ?


« Vous me demandez : mais ce royaume, il viendra quand ? On ne peut pas le saisir, on ne peut pas dire : le voici ! Le voilà ! Il est parmi vous. Il est en vous. Pour y entrer, il faut passer par la porte étroite.  Les derniers seront les premiers, les premiers seront les derniers. Celui qui s’élève sera abaissé, celui qui s’abaisse sera élevé. »


Et on peut poursuivre cette réflexion avec Frédéric Lenoir qui dans « Le christ philosophe »
rappelle l'épisode du Grand Inquisiteur, dans Les Frères Karamazov :
« Cette légende du Grand Inquisiteur traduit en termes romanesques ce que fut en certains points essentiels la réalité de l’histoire du christianisme : une inversion radicale des valeurs évangéliques. Dostoïevski met l’accent sur ce qui lui semble le plus important dans cette trahison : le message de liberté du Christ a été rejeté par l’Église, au nom de la faiblesse humaine, afin d’asseoir son pouvoir. Il entend montrer que l’institution ecclésiale a cédé aux tentations diaboliques auxquelles Jésus avait su résister. Au cours de son histoire, elle a progressivement succombé à la tentation d’aliéner les consciences humaines en apportant aux hommes ce qu’ils désirent le plus : le miracle, le mystère et l’autorité. En d’autres termes, elle leur a offert la sécurité, sous les trois formes du miracle du pain (elle les nourrit et prend soin de leurs besoins vitaux), du mystère qui fonde sa légitimité et rassure (le dogme) et d’un pouvoir incontestable qui apporte l’ordre. 

Le grand paradoxe, l’ironie suprême de l’histoire, c’est que l’avènement moderne de la laïcité, des droits de l’homme, de la liberté de conscience, de tout ce qui s’est fait aux XVIe,  XVIIe  et XVIIIe  siècles contre la volonté des clercs, s’est produit par un recours implicite ou explicite au message originel des Évangiles. Autrement dit, ce que j’appelle ici « la philosophie du Christ », ses enseignements éthiques les plus fondamentaux, ne parvenait plus aux hommes par la porte de l'Église… alors elle est revenue par la fenêtre de l’humanisme de la Renaissance et des Lumières ! Pendant ces trois siècles, alors même que l’institution ecclésiale crucifie l’enseignement du Christ sur la dignité humaine et la liberté de conscience par la pratique inquisitoriale, celui-ci ressuscite par les humanismes. »

Donc, à partir des livres d'Emmanuel Carrère et de Frédéric Lenoir, nous tenterons de répondre à la question :

Le christ serait-il aujourd'hui un militant des droits de l'homme ?







29/11/2014 Comment construire l’autorité à l’école ?

Intervention d'Elisabeth Crochet Damais :



Ma présentation est bâtie sur ce que j’ai vécu avec mes élèves… et non un exposé exhaustif  sur l’autorité.
Plan
 1/ définition
2/ Mon témoignage
3/Crise de l’autorité à l’école
4/ Y a-t-il une crise générale de l’autorité ?


1/ Définition :

(W)L'autorité correspond au droit de pouvoir commander, d'être obéi. Elle implique les notions de légitimité, de pouvoir (sans pour autant être confondue avec celui-ci), de commandement et d'obéissance, et ne doit pas être confondue avec l'autoritarisme. La forme de sa légitimité peut varier, et elle peut enfin s'exprimer selon un rapport de force ou un rapport de compétence...

(W) L'autorité ne correspond pas à une qualité intrinsèque, mais à une attribution ou une conférence qui légitime le pouvoir de commander et d'être obéi.( En dehors des domaines psychologiques et sociologiques) trois sources de légitimation de l'autorité sont distingués : les règlements, les structures et les capacités. Ces sources peuvent se cumuler ou être différenciées.

….L’autorité c’est la faculté, la capacité à obtenir l’obéissance de celui à qui elle s’adresse parce qu’il l’aura acceptée, consentie et respectée…..

Etymologie : Autorité du mot latin auctoritas vient du verbe augere qui signifie augmenter.

(W)La philosophe et psychologue Ariane Bilheran, dans son ouvrage L'autorité, explicite encore davantage l'étymologie du mot : "« augere » consiste avant tout à poser un acte créateur, fondateur, voire mythique, qui fait apparaître une chose pour la première fois. Bien évidemment, dans la même racine étymologique, l’auteur (auctor) est celui qui fonde une parole et s’en donne le garant.

Elle souligne que l'autorité s'inscrit dans un rapport au temps, à l'héritage, et qu'elle est vouée, dans son exercice, à disparaître : contrairement au pouvoir, à la domination, à la contrainte, l'autorité vise l'autonomie progressive de celui qui en bénéficie.

(Ce terme « augmenter » prend toute sa signification à l’école et je rejoins complètement Michel Serres lorsqu’il dit que la véritable autorité est celle qui « grandit l’autre. »

D’une façon générale,
L’homme vit en communauté et cette communauté n’a-t-elle pas besoin d’un chef comme l’enfant d’un maître, quelqu’un qui, avant d’être celui qui commande, est celui qui réfléchit, juge et décide... pour le bien des autres ?

Il y a plusieurs formes d’autorité : de l’autorité personnelle, parentale, éducative à l’autorité politique, morale, spirituelle, et il est préférable de remettre chacune d’elles à sa place avant de les distinguer dans leur singularité. Il appartient, en effet, à chaque époque de réorganiser les autorités qui lui sont propres. L’erreur serait de réduire l’autorité à un pouvoir, ce pouvoir à une autocratie, cette autocratie à une tyrannie illégitime et abusive.
Pour que l’acte d’autorité soit accepté, encore faut-il qu’il soit appliqué de façon exemplaire ; c’est seulement dans ces conditions que l’autorité se justifie et s’accrédite par sa capacité à produire et maintenir des normes de comportement reconnues de tous.
(Normes : je l’entends comme loi, règles de conduite, code de la route…etc )

2/  Mon témoignage

Mon parcours d’enseignante a commencé à St Denis de la Réunion.

A mon retour dans le midi, j’ai fait qq remplacements (très courts) dans les quartiers Nord de Marseille ensuite j’ai rejoint la région d’Aix en Provence où j’ai découvert des écoles de milieux favorisés : Puyricard, Eguilles…Puis départ pour la région parisienne où j’ai choisi d’enseigner dans une cité. Puis à nouveau de retour en Provence, je termine ma carrière à St Martin de la Brasque. A part deux ans en maternelle et primaire

Ce parcours a été d’une richesse étonnante : diversité des quartiers, des cultures, des milieux, des milieux socio professionnels.

Voici quelques expériences vécues.
Ex : Elève qui s’assoit sous sa table. Trois tentatives pour essayer de le faire asseoir sur sa chaise. A la troisième il me déclare : « Maîtresse tu ne peux pas me voir, je suis transparent. »

Ex : Un élève qui refuse de travailler. Je suis allée dans son sens….j’ai pris son cartable avec toutes ses affaires de classe et lui ai dit : « pas de PB ne fait rien… » Il a très vite craqué, m’a demandé plusieurs fois de façon de plus en plus insistante de se mettre au travail… avant que j’accepte….

Ex : Un élève qui me nargue fait un dessin au lieu de faire son travail. ». Il voulait voir jusqu’où il pouvait aller et voulait prendre pouvoir sur moi : Il faisait ce qu’il voulait.

….. Je patiente………jusqu’au moment où exaspérée, je prends son dessin et en lui effleurant la tête avec, je lui dis : » maintenant ça suffit, tu dépasses, les bornes, au travail ! » Réaction immédiate de l’élève : « Puisque c’est ça je vais le dire à ma mère ! Sur le champ, je demande à ma collègue de la classe d’a côté de veiller sur mes élèves et je l’emmène en lui disant : « Nous allons tout de suite téléphoner à ta maman et je te laisse lui expliquer la raison de cet appel. » Surpris et désarmé par ma réaction il s’est immédiatement rétracté et m’a suppliée de ne pas téléphoner….

*Premier truc que j’ai fait pour le jour de la rentrée : plan de la classe et au fur et à mesure de l’appel placé les prénoms. Les élèves sont surpris de voir que dans la première heure de classe vous connaissez déjà leur prénom….c’est efficace !

*Mais très vite je me rends à l’évidence : ces trucs ne suffisent plus…

J’ai compris assez vite qu’en classe l’exercice de l’autorité prenait la forme de l’instauration de la discipline c’est à dire l’obéissance à des règles et qu’avant de me lancer dans « le programme» il fallait mettre en place ces règles. Après quoi l’entrée dans les apprentissages serait possible. « Vivre ensemble avec des règles communes. » La classe n’est-elle pas une micro société ?

*Ces règles étaient construites avec mes élèves, ainsi que les sanctions pour les contrevenants.

Suivant les âges dessins, bande dessinées ou règles écrites. Panneaux feu rouge ( ce qui n’est pas permis) et feu vert(ce qui est permis) J’ ai beaucoup appris, et sur les interdits, et sur les sanctions, à travers ce qu’ils proposaient !!

En ce qui concerne les sanctions on définissait leur hiérarchisation et les conditions de leur application étaient clairement définies

*Il me fallait parfois travailler sur l’instauration de la discipline jusqu’à la Toussaint. Retard dans le programme me direz-vous, c’est ce que je croyais mais une fois ces règles mises en place et acceptées par les élèves, tout allait très vite. Ce travail permettait à mes élèves d’avoir des repères sur ce qui était permis et ce qui était interdit en y mettant du sens et de construire un cadre sécurisant. Ils prenaient d’ailleurs conscience qu’ils jouissaient d’une certaine liberté dans ce cadre !

JJ Rousseau (Le contrat social) :
« L’obéissance à la loi qu’on s’est soi-même prescrite est liberté. »


Etait-ce la seule façon d’asseoir mon autorité ? Certainement pas
Un climat de protection et de confiance c’est une chose.
*Mais pour légitimer mon autorité d’enseignant j’ai vite compris aussi
- Qu’il fallait que je sois très ferme. Insister pour que les règles soient respectées…ils les avaient construites. Arrêter les comportements perturbateurs qu’ils ne seraient pas tolérés.
- Qu’il ne fallait jamais argumenter avec les élèves mais par contre partie bien expliquer le pourquoi de ce refus et les principes de ce refus.
­ - Qu’il fallait que je préserve la dignité des élèves que je reprenais pour éviter qu’il perde la face devant les autres.
- Que je sois ferme sur la promesse de sanction
- Que je « soigne » en priorité la qualité de la préparation du travail de la classe : Tant dans son contenu (donner envie à l’enfant d’apprendre), que dans la durée des séquences, que dans l’organisation spatiale de la classe.
- Que mes élèves aient une promesse de futur : préparation d’un projet, d’une sortie, d’une classe verte, d’un spectacle pour les parents…et une vision sur le futur à plus long terme dans la mesure du possible.

Voilà comment j’ai essayé de construire mon autorité à l’école….Je rappelle que j’étais en primaire……

En conclusion de mon témoignage
Comment pourrait-on définir l’autorité du maître ou d’une façon plus générale de l’enseignant ?
- A travers son rôle d’expert : L’enseignant fonde son autorité sur sa compétence professionnelle. Par sa maîtrise des savoirs fondamentaux, par sa capacité à instruire et à susciter l'intérêt pour les savoirs, il appelle le respect.
- A travers son rôle d’arbitre : En permettant aux élèves de construire la règle ou au moins d'en comprendre le sens, le maître ne décide pas arbitrairement de ce qui est bien ou mal. A travers lui, s'impose à tous ce qui limite mais garantit la liberté de chacun : la règle commune.

N’est-ce pas en évitant les écueils de l’autoritarisme et de la permissivité que les professeurs peuvent construire une véritable autorité éducative qui donne du sens à la transmission des savoirs ?

*Pour finir Je reprends ce que dit la philosophe Ariane Bilheran
« L’autorité s'inscrit dans un rapport au temps, à l'héritage, et qu'elle est vouée, dans son exercice, à disparaître c'est-à-dire que contrairement au pouvoir, à la domination, à la contrainte, l'autorité vise l'autonomie progressive de celui qui en bénéficie » N’est-ce pas là le but de chaque enseignant ?

** Si l'autorité professorale est parfois remise en question, elle demeure un phénomène socio-éducatif essentiel qui vise à rendre les élèves autonomes et responsables.

D’une façon plus générale…IL n’y aucune raison probante d’envisager la disparition de l’autorité et de supposer que nous sommes parvenus à un moment de l’histoire où elle ne serait plus bénéfique à la société des hommes. De toute évidence, non ! nous dit Armelle Barguillet


3/ Crise de l’autorité à l’école.

A l’école on fonctionne dans une relation : « parents, enfants, enseignants »
Les trois partis sont indissociables. On pourrait parler d’un triangle avec ses trois sommets…..si l’on enlève un sommet le triangle s’effondre…
Les parents sont-ils les premiers référents de l’enfant… ?
L’enfant accepte-t-il les positions asymétriques ?
L’autorité du maître est-elle encore reconnue par les parents ?
Si oui un travail très constructif et apaisant peut-être entrepris pour remédier à des situations difficiles. Comportement ou travail.

Dans son dernier livre « La seule autorité possible est fondée sur la compétence » Michel Serres nous raconte l'avènement d'un nouvel humain, né de l'essor des nouvelles technologies,

"Petite Poucette", l'enfant d'Internet et du téléphone mobile. Un clin d'oeil à l'usage intensif du pouce pour converser par texto. L'avènement de Petite Poucette a bousculé l'autorité et le rapport au savoir. Parents et professeurs ont le sentiment d'avoir perdu leur crédibilité dès lors que, face à eux, Petite Poucette tient entre ses pouces un bout du monde. Ce que j'appelle dans mon livre la présomption de compétence. Il y a vingt ans, lorsque, enseignant, j'entrais dans un amphithéâtre, je présumais que mes étudiants ne savaient pas. Désormais, j'ai des « Petite Poucette » devant moi, qui ont probablement compulsé sur Wikipedia les questions que je traite dans mon cours. À l'égard de son élève, le maître a maintenant cette présomption de compétence qu'il est de son devoir d'augmenter.

Autrefois, le médecin pouvait présumer que le patient qui consultait ignorait tout de la maladie dont il souffrait. Aujourd'hui, avant d'aller voir le médecin, on cherche sur Internet des informations concernant ses symptômes, pour tenter de poser soi-même un diagnostic. Le médecin a perdu l'autorité qu'il détenait par la présomption d'incompétence de son patient. Il ne peut plus dire : "C'est moi le médecin, laissez-moi faire !"

4 / Y a-t-il une crise générale de l’autorité ?

Je vais citer une nouvelle fois Michel Serres qui nous parle de la «nouvelle démocratisation du savoir» :

« Avant la génération des « Petite Poucette », seuls le tyran, le plus riche ou le plus savant tenaient le monde entre leurs mains. Aujourd'hui, pour peu qu'il ait consulté un bon site, l'étudiant, le patient, le consommateur, ou même l'enfant peut en savoir autant sur le sujet traité que le maître, le médecin, le directeur, le journaliste ou l'élu.

Nous disons que l'autorité est en crise parce que nous passons d'une société hiérarchique, verticale, à une société plus transversale, notamment grâce aux réseaux comme Internet. Tout ne coule plus du haut vers le bas, de celui qui sait vers l'ignorant. Les relations parent-enfant, maître-élève, État-citoyen... sont à reconstruire. Les puissants supposés qui s'adressaient à des imbéciles supposés sont en voie d'extinction. Une nouvelle démocratie du savoir est en marche. Désormais, la seule autorité qui peut s'imposer est plus que jamais fondée sur la compétence. Si vous n'êtes pas investi de cette autorité-là, ce n'est pas la peine de devenir député, professeur, président, voire parent. Si vous n'êtes pas décidé à augmenter autrui, laissez toute autorité au vestiaire.»


Le débat est ouvert !


Quelques questions

Différence entre autorité et autoritarisme
Une personnalité autoritaire se caractérise par une dérive de l'autorité vers une tentative de domination d'autres personnes.

Il y a parfois une confusion entre le fait d'exercer son autorité et d’être autoritaire, de faire respecter des règles protectrices et d’avoir l'intention de dominer et d'assujettir l'autre.

Rapport entre autorité et pouvoir
On peut distinguer deux sortes de pouvoir
*Le pouvoir d'injonction reposant sur la coercition, c'est-à-dire la contrainte. L'injonction suppose l'emploi possible de la force.
*Le pouvoir d'influence reposant sur le consentement du gouverné.
En fait le pouvoir est une question de place de l’individu dans une structure.
Détenir le pouvoir ne confère pas toujours de l’autorité et avoir de l’autorité ne signifie pas toujours détenir le pouvoir3/ Les fondements de l’autorité.

Autorité de pouvoir : Elle provient des règlements (lois, etc.). Elle concerne la justice, la police, l'État...

Autorité de fonction : Elle provient des structurations (hiérarchies, etc.). Elle concerne l'entreprise, la famille, l'association...

Autorité de compétence : Elle provient des savoirs, savoir-faire et savoir-être d'une personne ou d'un organisme. Elle peut être reconnue à quiconque se situe dans une démarche personnelle et positive d'amélioration aux points de vue attitudes, connaissances et compétences, ainsi qu'à quelque organisme ayant fait preuve de prise en compte des besoins de la situation et des personnes. On la qualifie parfois « d'autorité naturelle » ou « charismatique », bien qu'elle tienne des éléments cités.

L’autorité se mesure à l’aune de ce qu’on peut obtenir des autres. On voit bien que sans autorité, il ne peut y avoir de management (conduite correcte de la classe), par définition. Ainsi l’autorité, loin d’être une notion négative, est le préalable au management (à la mise en route des apprentissages). L’autorité est le fondement du management (de l’enseignement).

Contre partie de l’autorité.
Compétence, légitimité, transmission du savoir, promesse d’un futur.


L’autorité est-elle compatible avec la liberté ?
Peut-on soumettre à l’autorité un homme qui, par essence, est libre ?
Aussi libre soit-il, il n’en est pas moins intégré dans un tissu social, une communauté d’appartenance, et se doit d’agir de façon telle qu’il ne puisse nuire à la liberté d’autrui. C’est ce que nous pourrions considérer comme une astreinte normale au bien public.

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