calendrier



Les prochains cafés-philo …


THÈME
DATE
PRÉSENTATION



Le travail va-t-il disparaître ?
à déterminer
Pierre-Jean Dessertine

Le café-philo d'Apt ne pourra plus se réunir au Restaurant de La Tour de l'Ho. Il recherche un lieu d'accueil sur Apt.

Ce peut être un autre établissement bar-restaurant, ou aussi un espace dans un établissement public s'il permet d'apporter une collation à consommer sur place dans le respect des lieux.

Email :
cafephilo.apt@gmail.com


Café-philo du 29 novembre : Le concept de laïcité est-il utopique ?


« Laïcité » : notion vaste et complexe, objet de nombreux et vifs débats.

La problématique « Le concept de laïcité est-il utopique ? » va permettre de focaliser  le champ de la réflexion sur ses sources philosophiques, d'Averroès à Catherine Kintzler, de prendre de la distance avec le bruit et la fureur de l’actualité immédiate, tout en posant une question centrale et utile à tout engagement citoyen éclairé.           

Une appréciation de la laïcité dans son aspect juridique français actuel (la Constitution de 1958) et dans une formulation plus complexe, celle d’Henri Pena-Ruiz ouvrira le débat.  Le processus historique, (la lutte contre le fanatisme religieux et  la collusion du pouvoir temporel/spirituel), fait naître progressivement les éléments du concept de laïcité (dont le nom apparaîtra en 1871), qui, en retour,  va devenir  une « force productive » émancipatrice.

L'apport de Spinoza, de Locke, de Bayle sera exploré. Mais ce sont surtout les philosophes des Lumières, Kant, Rousseau, Condorcet, notamment, qui poseront  les fondamentaux de la pensée laïque. Le combat pour la tolérance dès la Renaissance, la Déclaration des Droits de 1789, la « Séparation » de 1905, seront, pour la France, des seuils décisifs. C’est notre héritage. Fragile et menacé

Car, aujourd’hui,  le concept de laïcité reste encore une utopie par son incomplétude face à de nouveaux défis. On peut alors interroger le concept de laïcité par le détour de  l’utopie laïque comme écart, inachèvement, manquements, recul de la pensée laïque par rapport à l’idéal universaliste qu’elle vise (les colonies, l'Alsace-Moselle, les discriminations envers les femmes, les immigrés, l'état du monde)   ou de l’utopie laïque comme voile, falsifications, instrumentalisation  au service d'intérêts religieux ou profanes, ou impasses théoriques.( laïcité "ouverte", religion civile, "foi laïque" ?). Mais l’utopie peut dessiner un horizon d’attente : Pierre Rosanvallon, John Rawls, C. KIntzler nous y inviteront.

Entre utopie  et nécessité (les questions nouvelles du moment , de la cité pour tous au monde pour tous), c’est l’Ecole publique, en tant qu’institution organique de la Respublica, comme « espace critique », lieu et enjeu de dévoilement, qui peut contribuer, par la rencontre de la puissance libératrice du savoir, à la formation de sujets pensants, d’hommes et de femmes comme citoyens en devenir. Mais qu'en est-il aujourd'hui ? Entre reproduction sociale et émancipation citoyenne, l'Ecole que souhaitait Condorcet reste à construire et à prolonger par une véritable éducation populaire, car l’instruction scolaire des enfants ne suffit pas à une démocratie durable. C’est un combat politique majeur.

Alors, le concept de laïcité est-il utopique ? Poser le problème, c’est déjà envisager  des possibles. En dernière instance, l’histoire, par l’intervention de ses acteurs, dira si la laïcité est bien la pensée complexe d’un monde devenu complexe, la force créatrice de liberté et d’égalité, la « vérité de demain ». En attendant d’autres « inespérés » ?

                                                                                                     Henri GIORGETTI

*L’article premier de la Constitution française de 1958 énonce :
« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances… »

(n.b. le terme « laïque » apparaît déjà dans la constitution de 1946)

H. Pena-Ruiz écrit :
« La notion de laïcité recouvre un idéal universaliste d’organisation de la cité et le dispositif juridique qui, tout à la fois, se fonde sur lui et le réalise. Le mot qui désigne le principe, « laïcité », fait référence à l’unité du peuple, en grec le laos, conçu comme réalité indivisible, c’est-à-dire exclusive de tout privilège. Une telle unité se fonde sur trois exigences indissociables :
la liberté de conscience assortie de l’émancipation personnelle, l’égalité de tous les citoyens sans distinction d’origine, de sexe ou de conviction spirituelle, et la visée de l’intérêt général, comme seule raison d’être de l’Etat. » .
(La laïcité – Textes choisis et présentés par Henri Pena-Ruiz – Flammarion 2003)




Annexes

Texte de Tocqueville sur le despotisme du futur (que R. Simone actualise par « Le Monstre doux »)

« Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres. […]
Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire , qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? »

Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, 1835-1840


Quelques sources intéressantes

BAUBEROT Jean – Histoire de la laïcité en France – Que sais-je ? PUF 2010
BAUBEROT Jean – La laïcité falsifiée – La Découverte 2012
BAUBEROT Jean – Les laïcités dans le monde – Que sais-je ? PUF 2010
BAUBEROT Jean – MILOT Micheline – Laïcités sans frontières – Seuil 2011
CONDORCET – Cinq mémoires sur l’instruction publique – Flammarion 1994
CORM Georges – Pour une lecture profane des conflits – La Découverte 2012
DEBRAY Régis – Un candide en Terre sainte – Gallimard 2008
DUCOMTE Jean-Miche – Laïcité, laïcité(s) – Privat 2012
DUMAS Jean-Louis – JERPHAGNON Lucien – Histoire de la pensée – Livre de poche 1989/90
FLORI Jean – Guerre sainte, jihad, croisade – Seuil 2002
FOUREST Caroline - VENNER Fiammetta - Tirs croisés - Livre de poche - 2003
GAUTHIER Guy – NICOLET Claude – La laïcité en mémoire – Edilig 1987
GOUGES Olympe de – Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne – Mille et une nuits – 2003
GROLLET Philippe – Laïcité : utopie et nécessité – Labor 2005
HAARSCHER Guy – La laïcité – Que sais-je ? PUF 2011
JAURES Jean – Pour la laïque et autres textes – Le Bord de l’Eau 2006
KINTZLER Catherine – Qu’est-ce que la laïcité ? – Vrin 2008
KRISTEVA Julia – Cet incroyable besoin de croire – Bayard 2007
LE BRAS Hervé – L’invention de l’immigré – L’Aube 2012
MARX Karl – Philosophie – Folio Essais 1994
MINOIS Georges – Histoire de l’athéisme – Fayard 1998
PENA-RUIZ Henri – Dieu et Marianne – PUF 1999
PENA-RUIZ Henri – La laïcité. Textes choisis – Flammarion 2003
PENA-RUIZ Henri – Qu’est-ce que la laïcité ? – Folio actuel 2003
PENA-RUIZ Henri – Qu’est-ce que l’école ? – Folio actuel 2005
PIOTTE Jean-Marc - La pensée politique de Gramsci - Lux Humanités 2010
RAWLS John – Théorie de la justice –  Points Essais 2009
ROSANVALLON Pierre – La société des égaux – Points Essais Seuil 2011
SCOT Jean’Paul – « L’Etat chez lui, l’Eglise chez elle » - Seuil 2005
SIMONE Rafaele – Le Monstre doux. L’occident vire-t-il à droite ? – Gallimard 2010
TOCQUEVILLE Alexis de – De la démocratie en Amérique (T. 2) – Flammarion 1981

VEYNE Paul - Quand notre monde est devenu chrétien (312-394) - Albin Michel 2007


Compte-rendu : "Un Café-philo, pourquoi ?"

Débat très riche organisé sous forme de tour de table pour que chaque participant ait toute la possibilité de s’exprimer.
Les intervenants ont notamment exprimé les raisons de leur participation au café-philo, ce qu’ils en attendaient et enfin ont proposé des thèmes de réflexion et de débat.


Pourquoi participer à un café-philo ?

Parce que c’est un lieu d’échange et de débat, qui permet de découvrir, redécouvrir, approfondir, conceptualiser, et frotter sa cervelle à celle d’autrui. Qui incite à penser et à lire.

Il est porteur du plaisir de l’exercice intellectuel.

C’est un lieu de rencontre de subjectivités débouchant sur une recherche du juste et du vrai, une recherche de vérité, d’une vérité (pour ne pas dire de « La Vérité », sujet possible d’un débat ultérieur).

C’est aussi un lieu où s’exercent le langage et le questionnement sur les sens portés par le langage.

Le café-philo permet de s’affirmer contre le mépris de la parole, de rechercher de la distance vis-à-vis de l’immédiateté ambiante, de penser et conceptualiser pour agir, de libérer la force productive des idées.

Il permet la quête de sens.

Il permet la réflexion pour l’action. Il permet de partir du terrain pour retourner sur le terrain. (par ex, dans l’associatif).

Il apporte des outils de réflexion face au désarroi devant les grandes questions de nos sociétés.


Attentes

Où sont les jeunes ? Où est l’ouverture sur la jeunesse ?

Il y a une certaine frustration vis-à-vis de l’inachèvement de certains débats.  Comment assurer la continuité et l’approfondissement de certains thèmes dans le temps ? Il faudrait pouvoir poursuivre les débats à travers plusieurs séances.

Comment ouvrir et renouveler le café-philo (participants, thèmes, intervenants) ?

Le café-philo doit rester un lieu de "déviance".

Ce terme utilisé par un des intervenants est peut-être un peu fort.
La déviance est une notion de sociologie désignant des comportements non conformes aux normes sociales.
La récurrence démontre que ces conduites échappent à la pression sociale, menaçant dès lors le système dans sa globalité. Mais, à leur tour, les conduites déviantes démontrent le caractère changeant des sociétés : les normes étant sujettes à des modifications, certaines conduites déviantes peuvent donc devenir conformistes.
Toute conduite déviante n'est pas forcément négative. Une déviance s'écartant des normes pour s'élever vers un modèle idéal (valeurs, vertus, ...) constitue, en fait, une "déviance positive". Mais cette notion demeure aussi relative."
Wikipedia
L'utilisation de ce terme n'insisterait-il pas sur la nécessité de se dégager des conventions sociales et du politiquement correct pour mener un débat philosophique ? Le débat est ouvert ...



Thèmes

Beaucoup de propositions ont été faites au fil de l’eau, qui sont listées telles quelles et sur lesquelles nous reviendrons pour les organiser par thèmes et y associer des problématiques :


·         Recherche de la Vérité ou d’une vérité ?

·         L’homme, libre ou déterminé ?

·         La responsabilité du scientifique, du savant vis-à-vis de ses découvertes

·         Langage et sens

·         Le machisme ?

·         Blaise Cendrars, philosophe de la liberté

·         Victor Hugo, « L’homme qui rit ? » : L’Homme est-il grotesque ou sublime ?

·         Religions et Psychologie

·         La mort

·         La Créativité

·         Le Bonheur : articulation individuel/collectif

·         Le travail et l’aliénation

·         La Communication, l’Information


N'hésitez pas à laisser des commentaires et compléments afin d'alimenter le débat.

Martin Videcoq


Café-philo du 27 septembre : Un café-philo, pourquoi ?

Présenté par Pierre Jean Dessertine et Martin Videcoq


Pourquoi un café philo ?

Pour une réflexion afin de mieux maîtriser les buts et les moyens du café-philo dApt.

Toute introduction dune réflexion met en scène un problème. Nous examinerons dabord cette notion de problème, ce qui nous permettra de préciser comment se constitue un problème. Nous appliquerons ces éléments au café-philo pour montrer en quoi son but peut être un problème, et justifier ainsi la question-titre.

Cela nous amènera à prendre en compte les motivations qui font choisir un individu de participer à un café-philo. Nous verrons en quoi lon peut dire que ce choix daller à un café-philo exprime le plus haut degré de la liberté humaine.

Mais cette liberté quon exerce en participant à un café-philo ne doit pas nous cacher la constellation de motivations qui concourent à notre choix. Or cette constellation de motivations est propre à chacun, et même à chaque décision dun individu de se rendre à un café-philo. Si bien quil faut reconnaître quil ny a de réponses que singulières à la question-titre. La réponse est donc indéfiniment multiple et, finalement, confiée à la volonté de chacun d’être plus lucide sur soi-même.

Mais avant de retourner chacun à son examen intérieur, il faut reconnaître une constante dans cette multiplicité : le désir de vérité ou de lucidité est bien la motivation prévalente quon retrouve dans toutes les décisions de participer à un café philo. Il faut donc nous y intéresser car elle est finalement la motivation qui nous réunit à coup sûr. Elle est la réponse universelle à la question-titre. Nous lavons développée lors du premier café-philo que nous avons animé.

Mais nous ne sommes pas « tout le monde » ici. Nous sommes un groupe particulier dhumains. Il y a donc place pour une réponse particulière à notre question-titre. Cette réponse ne dépassera pas la réponse universelle, elle la complétera. Elle répondra à la question : « Pourquoi un café philo en Apt en 2013-2014 ? » Car pour nous qui sommes réunis ici, limportant est bien, ce vers quoi nous pouvons aller ensemble au long de ces rendez-vous mensuels. Vers de nouvelles visions du monde ? Vers louverture de lhorizon de notre avenir commun ? Vers une meilleure maîtrise de notre pensée ? Vers un soulagement de notre désarroi ? Vers une meilleure connaissance de soi ? Vers une reprise en main de notre liberté ?


Ce ne sont là que quelques exemples dattentes qui peuvent être très diverses. Mais en échangeant sur elles, nous serons plus lucides sur ce que nous pouvons espérer de notre café-philo, et nous serons mieux à même de résoudre les problèmes techniques de son organisation.


Annexe : Mais un café-pilo, Ques'aco?

Extrait de la charte du réseau Sophia :

Objectifs :
Article 2 : Les cafés philo et activités similaires ont pour première mission de servir d’accès à la philosophie. La pratique des débats est donc subordonnée à cette finalité philosophique et aux finalités intrinsèques de la philosophie. Ces activités ont ensuite pour second objectif de faire rentrer la philosophie dans des lieux publics (cafés, bibliothèques, salons, jardins... etc) afin de faire revenir la philosophie au coeur de la vie publique, de manière vivante et directe.

Sujets :
Article 10 : Dans les cafés philo et activités similaires, tous les sujets peuvent être débattus s’ils sont traités de manière philosophique. Il n’y a pas de sujets qui ne soient pas philosophiques ; les sujets de société, politiques et de citoyenneté sont des sujets philosophiques à part entière. Les sujets doivent être traités de manière objective, en s’appuyant sur la connaissance scientifique, en suivant une argumentation logique et rationnelle, et en procédant à une confrontation finale à la pierre de touche du réel.

Règles du débat :
Article 11 : Les cafés philo et activités similaires sont des lieux de débats publics ouverts. Tous les participants peuvent prendre la parole ou préférer écouter les débats s’ils le désirent. La seule condition est de respecter les règles du débat démocratique, en discutant sur les idées et les arguments et non sur les personnes, en évitant les conflits personnels et la monopolisation de la parole, en évitant que les débats ne deviennent des conférences, et surtout en écoutant de manière ouverte et attentive la parole de chacun car la vérité n’est le monopole de personne, de même que les préjugés.

Charte complète sur : 

Café-philo du 28 juin : Avons-nous besoin d’une philosophie environnementale ?

Présenté par Marie-Christine KADLER
Née en 1950, quand la société va  basculer dans la consommation, l’abus du pétrole et des pesticides !
 C’est très tôt que je m’intéresse aux questions d’écologie, je lis le journal « La Gueule Ouverte », en ayant toutefois du mal à croire ce qui y est écrit. Le tableau me semble catastrophique et ne pas correspondre à mon quotidien. Puis il y a les lectures, Le Printemps silencieux par exemple,  sur le DDT. Il y aura aussi la prise de conscience de l’exploitation des ressources naturelles et humaines des pays dits émergents à notre profit matériel et beaucoup plus tard l’explosion de Tchernobyl. D’un point de vue politique, je vais cesser de croire au progrès social par la croissance du PIB d’une société de consommation. Après un long séjour de 11 ans en Suisse où je découvre la démocratie directe avec des militants d’horizons divers dont des écologistes, je rentre à Apt et m’engage immédiatement dans des mouvements associatifs et dans un parti, Les Verts.

Adjointe au Maire d’Apt depuis 2008 pour l’Ecologie et le Développement Durable, en charge de l’Agenda 21 de la commune, membre d’Europe Ecologie – Les Verts, je m’emploie à mettre en pratique les programmes innovants de l’écologie et je participe à la réflexion sur les problématiques de l’énergie, ce qu’on appelle la transition énergétique. 




Trame de l'intervention

Introduction
Les fondations de nos sociétés : philosophie et contrat social

Développement : l’anthropocentrisme

Quelle est la place de l’homme dans la nature
Extrait :
Pendant des siècles et encore aujourd’hui il semble aller universellement de soi que moralité et humanité sont « co-extensives » (mon exposé reprendra ici presque en lecture commentée l’analyse de Catherine Larrère, La philosophie de l’environnement, PUF 1997 et La Nature n’est plus ce qu’elle était, Ed. L’aube 2002).
Moralité et humanité sont co-extensives dans la mesure où les postulats suivants sont acceptés très largement :
Þ    Tous les êtres humains sont des sujets moraux
Þ    Mais seuls les êtres humains le sont.

Ce qui implique qu’il n’y a de devoirs moraux qu’entre les être humains.

La nature est alors le domaine de notre action technique, non de notre considération morale !
C’est cette position dominatrice face à la nature qu’on peut qualifier d’anthropocentrique. A priori, dans ces conditions, aucun interdit moral ne s’oppose à ce que les Hommes détruisent ce qui les entoure ou épuisent les ressources naturelles.

Pourquoi vouloir protéger la nature ?
Pourquoi protéger la nature ? En raison de sa
valeur intrinsèque qui est une fin en soi   ou bien en raison de sa
valeur instrumentale de moyens mis au service d’une fin, c’est-à-dire des bienfaits qu’elle procure aux hommes ? 

Extrait :
Les grandes religions monothéistes et les philosophies s’accordent souvent pour dire que c’est l’Homme qui est source de toute valeur. C’est ce qu’écrivent Diderot et Kant. Disons-le autrement car c’est ce que cela implique : pour eux, un monde d’où l’homme serait absent n’aurait plus aucune valeur d’aucune sorte.

La protection de la nature, si la nature est vue comme un bien collectif, demande qu’on accepte des contraintes et que certains appétits et intérêts privés soient limités. Or les exigences du marché libéral dans lequel nos sociétés s’inscrivent ont plutôt favorisé l’assouvissement personnel, la consommation et l’individualisme et sont pratiquement parvenues à en faire les modèles de pensée dominants.

L’éthique environnementale cherche donc valeurs et normes. Elle part dans deux directions :

Þ    communautarienne (valeur instrumentale, holiste)
Þ    biocentrique (valeur intrinsèque, individualiste)

L’apparition d’une convergence
Extrait :
Aujourd’hui, une convergence apparaît lentement vers une éthique anthropocentrique élargie. C’est un nouveau paradigme, au sens d’une norme de pensée et modèle d’action qui tend à s’imposer à tout individu d’un groupe.
Ce nouveau paradigme en cours de construction admet que sans protection de la nature et sans prévention des risques, la planète s’expose à une dégradation irréversible des conditions de vie sur terre.
                      
Un exemple de crise écologique complexe : l’alimentation



Conclusion

Premiers pas en Philosophie

C'est le titre du dernier bouquin de Pierre-Jean DESSERTINE : un manuel d'initiation à la philosophie, un parcours de l'histoire de la philosophie.

Pour en savoir plus, cliquez sur Premiers pas en Philosophie

L'errance : fuite ou sauvegarde ? Café-philo du 24 mai

Compte-rendu du café-philo du 24 mai 2013 – L'errance : fuite ou sauvegarde ? – présenté par Catherine Pageard
Pour réécouter l'intervention :
http://www.catherinepageard.blogspot.fr/2013/06/lerrance-fuite-ou-sauvegarde-telle.html

En s’appuyant sur un exemple, l’intervenante aborde l’errance comme une marche qui se démarque radicalement de la marche commune (déplacements utilitaires, promenades, etc.). L’errance apparaît toujours comme la quête d’un lieu qui ne semble jamais pouvoir être véritablement atteint.
Dès lors le problème qui est posé par l’errance est de savoir si elle exprime liberté humaine ou plutôt son impuissance.
La réponse proposée est multiple car sont multiples les figures de l’errance.

Il y a l’errance régressive qui répète son trajet indéfiniment car le lieu d’arrivée n’est jamais l’aboutissement de la quête. En effet, celle-ci visant le passé, elle ne peut trouver son objet dans le présent.

Il y a l’errance de purification qui vise à se dépouiller des oripeaux de la vie sociale pour nouer un contact plus intime et profond avec le monde.

Il y a l’errance de formation qui amène le tout nouveau adulte à « faire la route » pour mieux se connaître lui-même tout en découvrant le monde afin d’être plus lucide sur la place qu’il peut y occuper.

Il y a l’errance de décrochage sociale – vagabonds, clochards, zonards – pour laquelle l’activité de déplacement vaut pour elle-même comme substitut pour l’impossibilité d’être actif dans le cadre de la vie sociale. La fugue peut être comprise comme une forme éphémère (et souvent juvénile) de ce type d’errance.

On voit que certaines forme d’errance manifestent plutôt l’impuissance et la fuite, alors que d’autres sont plutôt du côté de la liberté et de la sauvegarde. Mais l’intervenante se garde bien d’essayer de réduire l’une à l’autre ; elle maintient cette bivalence de l’errance comme un motif essentiel pour stimuler notre réflexion.

Débat


L’idée que l’errance soit une quête de quelque chose de déterminé a été contestée en argumentant que ce qu’on appelle errance est spécifiquement le déplacement sans but, disponible, et aventureux.

Une issue à ce dilemme a été trouvée par recours à l’étymologique : « errance » est dérivé du même radical que « errements » et « erreur ». On peut alors considérer que l’errant a un but, mais qu’il le manque. Cela permet de rendre compte du caractère indéfini et aléatoire de son cheminement. Ce qui a d’ailleurs amené la remarque que l’errance pouvait être rapprochée du jeu.

On a fait valoir, à juste titre, que l’errance était bien plus large que sa forme marchée. Ceci n’était pas une critique de l’intervenante qui, justement, s’est limitée à la marche de façon à mieux cerner la problématique en l’alimentant de lectures de passages d’essais littéraires qui examinent de façon privilégiée cette forme d’errance. Mais cela a permis d’ouvrir le champ de la réflexion et amener à reconnaître en l’errance une dimension essentielle de notre humanité.

On a ainsi reconnu l’importance de l’errance dans les activités sociales (l’errance professionnelle), mais aussi l’errance dans les relations sentimentales, ou encore l’errance collective, comme celle des peuples déplacés par les aléas de l’histoire – l’exil et l’émigration peuvent ainsi être rattachés à l’errance.

Finalement on s’est accordé pour reconnaître que, loin d’être un phénomène de la marginalité sociale, l’errance nous concernait tous, et semblait toucher nos ressorts les plus intimes. C’est pourquoi ce thème a pu provoquer un débat à la fois passionné et passionnant.


Nous avons fait l’hypothèse, en conclusion, que chacun est ou a été, en quelque manière, errant. Car aussi bien l’histoire que l’archéologie montrent que l’espèce humaine, parmi toutes les espèces vivantes, est l’espèce errante par excellence.

Pierre-Jean DESSERTINE