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Les prochains cafés-philo …


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PRÉSENTATION



Le travail va-t-il disparaître ?
à déterminer
Pierre-Jean Dessertine

Le café-philo d'Apt ne pourra plus se réunir au Restaurant de La Tour de l'Ho. Il recherche un lieu d'accueil sur Apt.

Ce peut être un autre établissement bar-restaurant, ou aussi un espace dans un établissement public s'il permet d'apporter une collation à consommer sur place dans le respect des lieux.

Email :
cafephilo.apt@gmail.com


L'errance : fuite ou sauvegarde ? Café-philo du 24 mai

Compte-rendu du café-philo du 24 mai 2013 – L'errance : fuite ou sauvegarde ? – présenté par Catherine Pageard
Pour réécouter l'intervention :
http://www.catherinepageard.blogspot.fr/2013/06/lerrance-fuite-ou-sauvegarde-telle.html

En s’appuyant sur un exemple, l’intervenante aborde l’errance comme une marche qui se démarque radicalement de la marche commune (déplacements utilitaires, promenades, etc.). L’errance apparaît toujours comme la quête d’un lieu qui ne semble jamais pouvoir être véritablement atteint.
Dès lors le problème qui est posé par l’errance est de savoir si elle exprime liberté humaine ou plutôt son impuissance.
La réponse proposée est multiple car sont multiples les figures de l’errance.

Il y a l’errance régressive qui répète son trajet indéfiniment car le lieu d’arrivée n’est jamais l’aboutissement de la quête. En effet, celle-ci visant le passé, elle ne peut trouver son objet dans le présent.

Il y a l’errance de purification qui vise à se dépouiller des oripeaux de la vie sociale pour nouer un contact plus intime et profond avec le monde.

Il y a l’errance de formation qui amène le tout nouveau adulte à « faire la route » pour mieux se connaître lui-même tout en découvrant le monde afin d’être plus lucide sur la place qu’il peut y occuper.

Il y a l’errance de décrochage sociale – vagabonds, clochards, zonards – pour laquelle l’activité de déplacement vaut pour elle-même comme substitut pour l’impossibilité d’être actif dans le cadre de la vie sociale. La fugue peut être comprise comme une forme éphémère (et souvent juvénile) de ce type d’errance.

On voit que certaines forme d’errance manifestent plutôt l’impuissance et la fuite, alors que d’autres sont plutôt du côté de la liberté et de la sauvegarde. Mais l’intervenante se garde bien d’essayer de réduire l’une à l’autre ; elle maintient cette bivalence de l’errance comme un motif essentiel pour stimuler notre réflexion.

Débat


L’idée que l’errance soit une quête de quelque chose de déterminé a été contestée en argumentant que ce qu’on appelle errance est spécifiquement le déplacement sans but, disponible, et aventureux.

Une issue à ce dilemme a été trouvée par recours à l’étymologique : « errance » est dérivé du même radical que « errements » et « erreur ». On peut alors considérer que l’errant a un but, mais qu’il le manque. Cela permet de rendre compte du caractère indéfini et aléatoire de son cheminement. Ce qui a d’ailleurs amené la remarque que l’errance pouvait être rapprochée du jeu.

On a fait valoir, à juste titre, que l’errance était bien plus large que sa forme marchée. Ceci n’était pas une critique de l’intervenante qui, justement, s’est limitée à la marche de façon à mieux cerner la problématique en l’alimentant de lectures de passages d’essais littéraires qui examinent de façon privilégiée cette forme d’errance. Mais cela a permis d’ouvrir le champ de la réflexion et amener à reconnaître en l’errance une dimension essentielle de notre humanité.

On a ainsi reconnu l’importance de l’errance dans les activités sociales (l’errance professionnelle), mais aussi l’errance dans les relations sentimentales, ou encore l’errance collective, comme celle des peuples déplacés par les aléas de l’histoire – l’exil et l’émigration peuvent ainsi être rattachés à l’errance.

Finalement on s’est accordé pour reconnaître que, loin d’être un phénomène de la marginalité sociale, l’errance nous concernait tous, et semblait toucher nos ressorts les plus intimes. C’est pourquoi ce thème a pu provoquer un débat à la fois passionné et passionnant.


Nous avons fait l’hypothèse, en conclusion, que chacun est ou a été, en quelque manière, errant. Car aussi bien l’histoire que l’archéologie montrent que l’espèce humaine, parmi toutes les espèces vivantes, est l’espèce errante par excellence.

Pierre-Jean DESSERTINE

Café-philo du 24 mai



L'errance : fuite ou sauvegarde ?

Marchons-nous pour fuir nos démons ?
Pour apprendre à être libre ?
Ou encore pour exprimer un mal-être existentiel ?

Présenté par Catherine Pageard,
diplômée de psychologie clinique, écrivaine et traductrice,
vit à Bonnieux, où elle enseigne le français à des adultes.



Le thème sera présenté par Catherine Pageard,  diplômée de psychologie clinique, écrivain et traductrice, qui vit à Bonnieux, où elle enseigne le français, langue étrangère, à des adultes. Ses traductions littéraires ont paru aux Presses de la Cité et chez Belfond ; ses traductions spécialisées, dans le domaine médical et paramédical grand public, aux éditions Sully et Trédaniel. Ses livres de cuisine, recueils à la fois de recettes et de préceptes diététiques, aux éditions Ambre.

Lectrice de Giono, elle a donné des conférences aux États-Unis dans le cadre des Alliances françaises et des articles au Bulletin des Amis de Jean Giono.
Passionnée des formes brèves, une grande part de ses nouvelles a été publiée dans des revues et recueils (L’oracle, Editions Sépia, Ecriture, Prix Albertine Sarrasin, journal d’artiste La Fabrique, Brèves, Mauves en noir....).

Autour de Rêves de passage, un recueil de proses poétiques paru en 2011 et de son thème (L'errance) : des lectures publiques et des échanges à retrouver sur le blog de l'auteur. www.catherinepageardblogspot.com





Marche ou errance  ? comment faire le distinguo ?
En s'appuyant pour commencer sur le livre de Frédéric Gros : Marcher, une philosophie.
Frédéric Gros, marcheur et philosophe, est l'éditeur des derniers cours de Michel Foucault.
Il décrit dans son livre la marche dans tous ses états et recense ces fameux états par l'entremise de figures connues :
•                     Nietzsche qui considérait que le vrai pêché contre l'esprit était de demeurer assis – voir aussi le livre que lui a consacré Stefan Zweig.
•                     Rousseau qui ne pouvait composer qu'en marchant
•                     Rimbaud, le génial piéton
•                     Kant, et sa promenade quotidienne

F   Frédéric Gros n'emploie le mot errance qu'à propos de Nerval et il parle alors de « marche fiévreuse de la quête ». Et c'est là, en effet, qu'il faut tracer la ligne de démarcation entre :
-   la marche que nous connaissons tous (balades dans la nature, promenades, déplacements en vile, flâneries)
            et
-  l'errance, expression d'une quête, recherche de quelque chose ou de quelqu'un.  
 
Le double visage de l'errance
errance choisie ou errance subie ?

Dans Daoren, un rêve habitable, Claude Margat, écrivain, marcheur et peintre taoïste écrit Sur le cercle de mon parcours, je retrouve chaque fois les livres, l'errance, la contemplation, l'atelier de peinture, le sommeil. Depuis plus de vingt ans, je me borne à explorer un secteur géographique réduit. J'y ai découvert d'incroyables trésors naturels... p 253
Claude Margat est taoiste. Il pratique la peinture de paysage à l'encre. Le secteur géographique dont il parle, c'est l'estuaire de la Charente, le marais charentais, les alentours de Brouage. Bien qu'il soit un marcheur émérite, il emploie également le mot errance – ou déambulation

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Gwenaëlle Aubry, philosophe et romancière, a retrouvé, à la mort de son père,  ses carnets dans une chemise sur laquelle il avait écrit «  A romancer ». Cet éminent juriste, professeur à la Sorbonne et enseignant à l'ENA,  souffrait de mélancolie : il était maniaco-dépressif.
Je vais lire, extrait du livre qu'elle lui a consacré (intitulé Personne et publié au Mercure de France) un passage qui pourrait porter pour titre : Fuir ! 

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Voici donc le double visage de l'errance : choisie et même revendiquée ou alors subie comme une sorte de malédiction.

Fugue et vagabondage.
Le mot dromomanie a disparu des dictionnaires. Il a été inventé en 1893 par Etienne Régis, un psychiatre qui exerçait ses talents à Bordeaux. Avant, on parlait d'automatisme ambulatoire ou somnambulique, de vagabondage impulsif. Ensuite il sera question de fugue amnésique ou consciente.
Dans tous les cas, il s'agit d'un abandon impulsif de domicile ou de lieu de travail à l'insu de l'entourage. Comme dans l'épisode de Jean B., le somnambule (in Rêves de passage) la destination peut avoir une signification affective ou symbolique. En général, le fugueur est seul. Mais les enfants et les adolescents partent parfois à quelques uns
Comment différencier la fugue du vagabondage ?
En référence à la durée.  
Le vagabond est un fugueur qui s'est installé dans la durée.

Il y aujourd'hui parmi les jeunes une forme de vagabondage, en partie saisonnier, qui par certains côtés s'apparente à la fugue. Jeunes en errance à la rencontre desquels est parti François Chobeaux et dont il rend compte dans un livre intitulé Les nomades du vide. Ces jeunes sont ce que l'on appelle encore aujourd'hui des zonards – le terme n'est pas péjoratif puisque que c'est ainsi qu'ils se nomment eux-mêmes. Nous ferons à cette occasion un petit détour par la zone.

Cette dimension de l'errance est évoquée dans Petite soeur, tiré de Rêves de passage.
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Les personnes présentes reconnaîtront peut-être une femme que l'on croise à Apt, puis en montant vers Saignon.
La lecture de ce texte permettra d'aborder une dimension bien particulière de l'errance : le fait qu'il y ait très peu de femmes errantes et clochardisées.    

Très peu de femmes parmi les clochards, les vagabonds, les zonards, les travellers : dix pour cent en moyenne. Il paraît que nous nous détournons moins facilement que  les hommes du réel,  que nous sommes plus résistantes à la désocialisation, moins sujettes à la pathologie du lien à soi aux autres au monde...

Café-philo du 12 avril

Lien pour consulter le texte détaillé de l'intervention : http://seulsdanslecosmos.hautetfort.com/archive/2013/04/index.html


Faut-il tout déconstruire ?

présenté par Martin VIDECOQ 

 Que reste-t-il de l'humanisme et des droits de l'homme après les philosophies de la déconstruction, qui ont proclamé la fin de la métaphysique ?




Questionnons d’abord la question : Qu’est-ce que la déconstruction ? Et pourquoi poser cette question ?

« La déconstruction est une méthode, voire une école, de la philosophie contemporaine. Cette pratique d'analyse textuelle s'exerce sur de nombreux types d'écrits (philosophie, littérature, journaux), pour révéler les décalages et confusions de sens qu'ils font apparaître par une lecture centrée sur les postulats sous-entendus et les omissions dévoilés par le texte lui-même.

Ce concept, participant à la fois de la philosophie et de la littérature, a eu un grand écho aux États-Unis, où il est assimilé à la philosophie postmoderne, et plus globalement à l'approche divergente de la philosophie continentale d'Europe. Si le terme « déconstruction » a d'abord été utilisé par Heidegger, c'est l'œuvre de Derrida qui en a systématisé l'usage et théorisé la pratique. »
Wikipedia « Heidegger et le nazisme »

Derrida, bien sûr, très connu, surtout aux Etats-unis, mais très abscons, très hermétique. Heidegger, dont beaucoup disent qu’il est parmi les plus grands philosophes du 20e siècle … Mais son adhésion au parti nazi me reste en travers de la gorge (il y est resté de 1933 à 1945, de façon active de 1933 à 1934, puis comme Mitläufer, comme « compagnon de route »).

Peut-on séparer l’homme du philosophe ? Et quel regard porter sur l’œuvre d’un homme qui a été au mieux un annonciateur puis un suiveur de l’idéologie nazi, au pire un partisan enthousiaste puis honteux de Hitler et de son régime. Qu'y avait-il dans le nazisme de si fort, de si entraînant, pour faire croire, même à un admirateur des Grecs, qu'il y avait de ce côté quelque solution à la crise gravissime qui affectait le monde à ce moment ?
Le débat est toujours ouvert …

La déconstruction de la métaphysique

Mais l’intérêt de cette controverse ne tient pas dans les querelles sur Heidegger, mais plutôt sur sa volonté proclamée de déconstruction de la métaphysique.

« La métaphysique est une branche de la philosophie et de la théologie qui porte sur la recherche des causes, des premiers principes. Elle a aussi pour objet la connaissance de l'être absolu comme première cause, des causes de l'univers et de la nature de la matière. Elle s'attache aussi à étudier les problèmes de l’origine de l’homme, de la connaissance, de la vérité et de la liberté»
Wikipedia, métaphysique

La métaphysique est le savoir de l'agencement sous-jacent qu'il y a en-deçà des manifestations de la nature et en fait l'unité. L'ontologie est la partie de la métaphysique qui s'occupe de l'être en tant qu'être. La doctrine des Idées de Platon est une métaphysique. L'atomisme de Démocrite est une ontologie (et aussi une métaphysique matérialiste).

La déconstruction me semble s'attaquer de manière privilégiée à la métaphysique qui justifie une place éminente de l'homme dans la nature : l'homme seul être qui se définit lui-même doit parachever l’œuvre de Dieu (Pic de la Mirandole) ; l'homme, le seul être raisonnable est la finalité de la nature (Kant). Ce sont des formulation de l'humanisme.

L'humanisme classique
L'humanisme est un mouvement de pensée qui s'est développé en Italie pendant la Renaissance, en réaction au dogmatisme rigide du Moyen Age. Il propose de renouer avec les valeurs, la philosophie, la littérature et l'art de l'Antiquité classique qu'il considère comme le fondement de la connaissance.

L'humanisme propose de nouvelles valeurs fondées sur la raison et le libre-arbitre.
Quelques humanistes :
Pétrarque (1304-1374), Boccace (1313-1375), Léonard de Vinci (1452- 1519), Jean Pic de la Mirandole (1463-1494), Erasme (v. 1466-1536), Guillaume Budé (1467-1540), Thomas More (1478-1535)...


L'humanisme moderne
Par extension, dans son sens moderne, l'humanisme désigne tout mouvement de pensée idéaliste et optimiste qui place l'homme au-dessus de tout, qui a pour objectif son épanouissement et qui a confiance dans sa capacité à évoluer de manière positive. L'homme doit se protéger de tout asservissement et de tout ce qui fait obstacle au développement de l'esprit. Il doit se construire indépendamment de toute référence surnaturelle.

Philosophies parfois antagonistes pouvant êtres qualifiées d'humanistes : la philosophie des Lumières, l'existentialisme, le libéralisme, le marxisme...

L’humanisme débouche sur les « droits de l’homme », considérés comme universaux.

La déconstruction de la métaphysique, incluant une mise en question radicale de toute pensée du propre de l’homme, des droits, de l’autonomie et de la subjectivité démocratique ne débouche-t-elle pas sur la négation de l’humanisme et des droits de l’homme ?

Heidegger était sur ce point cohérent, sa critique de l’humanisme l’ayant conduit vers le nazisme et non vers la démocratie.

Dans les années 60, l’intelligentsia universitaire française était dominé par la philosophie de la déconstruction, dans le sillage de Nietzsche et de Heidegger, laquelle dénonçait l’illusion d’un sujet libre, soutenu sur ce point par les courants marxistes et freudo-lacanienne.

L’humanisme bêlant (Foucault contre Sartre) était considéré soit comme une idéologie petite-bourgeoise, soit comme l’illusion suprême de la métaphysique occidentale.


Nous tenterons au cours de ce débat de comprendre ce qui reste de l'humanisme et d'examiner les tentatives de reconstruction d'un humanisme athée.

Café-philo du 22 février

En préparation de notre débat du 22 février, voici un texte de Pascal Gehin sur le thème du Hasard :


LE HASARD
Quelques mots autour du hasard
ou
Le hasard n’est-il qu’un mot ?


Le hasard est certes un mot ; mais pas n’importe quel mot.

Il se rapporte à une notion abstraite mais dont très peu ignoreront l’existence qu’ils soient mathématicien, scientifique, littéraire, philosophe, sportif, mécréant, croyant ou qu’ils se définissent comme « tout un chacun ».

Peu de personnes en effet nieront avoir rencontré le hasard, l’avoir évoqué lorsqu’elles ne pouvaient ou voulaient trouver une cause à un évènement, l’avoir évoqué comme recours lorsqu’elles ne parvenaient pas à se sortir d’une situation.

En tant que notion abstraite et largement partagée, le hasard est donc un mot rare qui mérite notre intérêt.

 Du point de vue des philosophes, le hasard a eu quelque temps droit de cité, dans une relation complexe avec la nécessité (Cf. Démocrite) .

Mais, très rapidement, la philosophie Aristotélitienne  (voir le Traité de Physique) lui a porté un coup  presque mortel en l’excluant des effets habituels (que la raison devait expliquer), des effets reconnus nécessaires (qui étaient rapportés aux Dieux s’ils échappaient à la raison) et en le cantonnant à l’origine de phénomènes offrant la double caractéristique de leur rareté et de leur faible importance.

Pour des raisons différentes mais sous pratiquement toutes ses variantes, la philosophie européenne, à base rationaliste et déterministe, s’est  acharnée à nier ou à  ignorer le hasard ;
Ce dernier a ainsi été diabolisé par KANT,  méprisé par LEIBNITZ, honni par Jean-Paul SARTRE.

Paradoxalement, le hasard a été réhabilité par des épistémologistes (Cf. Gaston BACHELARD), par des mathématiciens (au premier rang desquels Henri POINCARE) et par des scientifiques dont la raison était pourtant le principal outil de travail (en même temps que le déterminisme était leur règle de conduite).

Il est à noter que les scientifiques, et surtout les mathématiciens, ne se sont pas contentés d’évoquer le hasard comme l’explication confortable des insuffisances de leur raisonnement ; ils en ont traqué la signature au travers de phénomènes simples, apparemment bien expliqués et ils ont osé en simuler les effets pour y accéder en tant que l’objet d’étude qu’il n’avait pas vocation à être.
Dans ce domaine, les théoriciens du chaos ont joué un rôle essentiel, et nous proposent quelques  questions méritant d’être débattues.

En tout état de cause, le hasard interroge l’homme sur les limites de sa raison, sur ses responsabilités, sur les conséquences de ses actions, sur ses origines et son avenir, sur les fondements de sa foi (ou de sa non-foi),  sur sa place dans l’univers...

Ainsi,  même en admettant qu’il ne soit qu’un mot , il mérite peut-être son café-philo.




La démocratie est-elle illusoire ?


Compte-rendu Café-philo Apt du 22/02/2013

Présentation de la question par Jacques Roux

Le problème de la démocratie n’est pas abordé de front, mais  selon un angle original.
C’est la notion de représentation, dans sa généralité, qui sert de voie d’entrée dans la problématique.
La représentation est considérée comme le symptôme d’un fonctionnement social pathologique. Elle est en effet essentiellement normative : l’anormal serait ce qui n’a pas droit à la représentation.
La représentation peut donc être lue comme l’expression d’une configuration psychologique névrotique. Le névrose n’est-elle pas une crispation sur des signes de valeurs afin d’y faire rentrer à tout prix tout ce qui advient ?
Cette interprétation serait confirmée dans le champ politique, par les deux domaines d’exclusion de la représentation :
la monarchie absolue,
l’exigence populaire de démocratie directe.
Le monarque absolu exclut la représentation parce que son action vaut toujours pour elle-même ; mais il en est de même du peuple qui agit pour refuser le pouvoir établi.
C’est pourquoi la bourgeoisie crée la catégorie psychiatrique de « paranoïa ». Elle disqualifie ainsi comme cas pathologique le monarque qui prétend tout régenter avec ordre et clarté.
Mais le peuple révolté subit le même sort car, selon l’orateur, la catégorie psychiatrique de « schizophrénie » a été créé par la bourgeoisie pour disqualifier comme pathologique son comportement fauteur de troubles.
Entre ces deux pôles – l’omnipotence du monarque et la confusion de la démocratie directe du peuple – la bourgeoisie, arrivée au pouvoir, a ménagé l’espace de la représentation.
Dans le domaine politique cela se traduit par la démocratie élective de représentants des sociétés occidentales depuis les révolutions de la fin du XVIII° siècle.
L’orateur approfondit la compréhension du champ politique actuel à travers cette grille d’interprétation psychiatrique. Notre démocratie élective exprime la névrose bourgeoise. Comme toute névrose, elle se développe sur un refoulement, celui d’une réalité sociale infiniment plus riche que les représentants qu’elle promeut voudraient la faire paraître ? Cette richesse est représentée par le peuple, dont la prétendue schizophrénie n’est que l’expression de l’angoisse bourgeoise face à la possibilité d’un monde qui aurait mis bas toutes ses valeurs, en particulier sa valeur suprême : la valeur d’échange (l’argent).
Si bien que cette présentation se termine sur une note optimiste. Le monde névrosé bourgeois est une impasse qui ne peut que mener à la mise à découvert de la vitalité sociale qu’il refoule. L’orateur s’appuie en particulier sur des mouvements actuels de réforme politique qui lui paraissent prometteurs. C’est le cas du projet de refondation constitutionnelle initié par Étienne Chouard. Ce projet évacue en effet la représentation en préconisant la désignation des responsables politiques par tirage au sort.
Références (site Internet de Jacques Roux) :
http://melchisedek.free.fr/amphibologie/
http://melchisedek.free.fr/encoreuneffort/

Débat

Les participants ont exprimé leur intérêt pour l’acuité du regard sur la démocratie apporté par cette approche psychiatrique. Ils ont cependant surtout échangé sur les problèmes que pose notre système politique actuel qui se proclame « démocratie », prenant au mot, et de manière concrète, l’intitulé de la soirée « la démocratie est-elle illusoire ? ».
Ce fut surtout l’illusion d’être « représenté » par les élus qui fut soulignée. Ceux-ci, en effet, ont été décrits comme une élite dominante qui arrive relativement bien à se perpétuer, en s’appuyant en particulier sur la complaisance des médias pour franchir les échéances électorales. Outre cette complaisance, ont été dénoncés en particuliers : les formations élitistes (Sciences Po, ENA, etc), le cumul des mandats, la reconductibilité indéfinie des mandats, la mainmise des partis sur les candidatures et le rôle déterminant de l’argent dans les élections.
Mais les échanges ont permis aussi de mettre en valeur d’autres aspects de la vie politique qui ont amené à nuancer ce diagnostic négatif. Ainsi a été mis en évidence le rôle incontestable de représentant et de gestionnaire désintéressé que peut prendre très souvent l’élu local, surtout dans les petites communes ou collectivités. On a également souligné l’importance d’espaces nouveaux de démocratie directe sur Internet qui ont montré leur potentiel en certaines occasions, en particulier lors du référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005. On a enfin reconnu la responsabilité des citoyens dans l’ankylose de la démocratie représentative : ce sont eux aussi qui acceptent d’être divertis au lieu de surveiller les agissements de leurs élus, comme ce sont eux qui se laissent très souvent séduire par les sollicitations passionnelles (les images de la figure paternelle, du sauveur, de la peur, etc.) au lieu de privilégier la raison et le débat sur les problèmes de la société.

Café-philo du 22 février 2013



En préparation de notre débat du 22 février, voici un texte de Jacques ROUX qui en assurera la présentation.

Une approche psychodynamique de l’idée de démocratie

La paranoïa est le dispositif psychique dont l’on tend à affubler celui qui affectionne l’organisation politique de type monarchiste et de façon général de type « autoritaire ». C’est le concept que les bourgeoisies européennes ont inventé pour mettre hors d’état de nuire tout individu susceptible de vouloir restaurer un tel régime. Il apparaît à l’issue de la révolution Française et fait toute l’autorité de l’expertise psychiatrique naissante à partir du code pénal de 1810. Définition : hypertrophie du moi, psychorigidité, sentiment de grandeur, délire en secteur ou en réseau avec conservation de l’ordre et de la clarté des jugements et des idées dans les autres domaines.

La schizophrénie désigne le défaut ou le déficit mental que l’on attribue à tout acteur susceptible de remettre en question l’ « ordre des choses », du moins tel qu'il est conçu par la classe dominante en Europe et en Russie à l’époque des menace de soulèvement populaires véritables, soit la fin du XIXème siècle. C’est le désir politique de démocratie pure, c’est-à-dire de la justice interclasses et du partage des pouvoirs sans rapports de domination, qui caractérise les différentes « personnalités schizoïdes » que le XXème siècle cherchera à « diagnostiquer » voire à stigmatiser, et en tout cas à maintenir à distance des décisions et du champ social de l’autorité et de la représentation. Définition : délire chronique dissociatif avec affaiblissement global des facultés intellectuelles, dissociation des idées entre elles et dissociation entre les idées et les affects (que l’on appelle « discordance »).

Ces deux « psychoses » chroniques ne sont donc pour moi pas plus attachées à un dysfonctionnement du corps que ne le sont les « névroses » dont ils sont le complément dans l’ordre des « structures psychopathologique ». Du point de vue de la question de la « représentation » on voit que celle-ci constitue une sorte de passage obligé entre les positions historiques et anthropologiques des monarchies et des empires où elle n’a aucune nécessité d’existence en tant que telle, et aucune fonction à remplir, et le régime de la démocratie idéale (c’est-à-dire non représentative) dans laquelle elle devient tout aussi superflue, puisque les institutions permettent à l’opinion pondérée des acteurs d’influencer les décision nationales au prorata probabiliste de ce que veut le plus grand nombre, et qu'en outre toutes les procédures constitutionnelles tendent à favoriser les conditions du débat impliquant directement les citoyens de la base.

La paranoïa est la façon d’être qui privilégie la richesse et l’importance des acteurs (règne de la quantité).
La schizophrénie est l’attitude qui recherche à interroger en chaque être la présence et l’implication (règne de la qualité).

Entre ces positions extrêmes et c’est peut-être pour ça qu'elles sont dites « psychotiques », je les dirais plutôt « entières » car elles sont « totalisantes », il se trouve donc une zone de partage correspondant à la névrose bourgeoise et à l’étirement des processus de la « représentation » entre d’une part les processus obsessionnels de sélection (scolaires, entrepreneuriaux, associatifs, …) et de façon antinomique les processus hystériques d’élection festive, ludique, divertissante, médiatiques. Cet espace de la névrose de représentation peut faire penser à ce que Michel Clouscard distingue dans « La bête sauvage » comme capitalisme monopoliste d’état (CME) et capitalisme concurrentiel libéral (CCL), ou bien à la façon dont il oppose marché de la production opprimant le travailleur et marché du désir émancipant les possédants.

Une telle structure oppose, quoiqu'il en soit, les procédures subjectives et objectives de la « représentation », à une attitude qui ne peut être que la « présentation » de l’être ou son « expression » non médiatisée par l’autre, par l’institution, à la limite, par la langue. Il y a un usage immédiatement représentatif de la langue comme on peut en faire un usage directement ou immédiatement expressif.


Une pseudo-démocratie qui se crispe sur des procédures médiatisées et déléguées de l’expression mise en commun, vise davantage à recréer des foyers de dureté et à figer la structure du rapport des classes, là où une démocratie résolument participative et visant à court-circuiter systématiquement tous les errements de la représentation, vise à détendre les conflits de prestance et à soulager les rapports de concurrence distinctive qu'ils génèrent dans le champ social.


Le modèle sur lequel nous continuons d’idéaliser la démocratie est plus encore que la constitution d’Athènes, le modèle de société préconisé par le Christ, dont on ne peut pas dire qu'il ait été mis en application. Il faut dire qu'il n’avait pas proposé de modèle de constitution. Il a donné l’ « idée » de l’objet dans une forme pour nous très complémentaire de la Grèce, l’idée sans le programme. Il en a donné l’idée par sa seule attitude politique.


Mais il reste que ce dernier procédé fait l’objet d’un ostracisme de la part des groupes de pression (qui sont aussi des groupes de « représentation »), même lorsqu'ils sont plus discrets encore que les francs-maçons ou que l’opus dei. La représentation n’est pas obligatoirement bruyante. Elle n’en est pas moins directement intéressée à toutes les récupérations possibles de prestance, de pouvoir, d’argent, de connaissances utiles, d’informations profitables, de savoirs-faire valorisants.


La représentation reste donc la consistance du fait politique la plus proche du pôle d’extraction des systèmes autoritaires par opposition à toutes les velléités de « participation » (tirage au sort, référendum, jurys citoyens, …) qui constituent la zone de frottement avec ce que serait une démocratie « entière » et donc entièrement folle mais tellement plus heureuse et franche !


Une réalisation historique partielle de ce système est sûrement pour moi le vécu bienheureux des trente glorieuses dans des conditions historiques très particulières, mais où une mise en commun de la protection sociale et une redistribution de fait a été actée et accepté par un consensus longtemps non contesté (au bénéfice il faut le dire du plan Marshall, de l’exploitation du nucléaire, de l’équilibre de la dissuasion, de la guerre froide, d’une évaluation douteuse de l’avenir des retraites …). Il reste que quelque chose d’un heureux partage politique a pu permettre par exemple les conditions du partage d’une médecine qui se sont bien effondrées depuis 1990. La sécurité sociale a su réaliser ce partage presque sans défauts pendant quelques années, réalisant le montage aberrant politiquement, mais combien efficace, d’une enclave de fonctionnement communiste dans l’univers pourtant très présidentiel et représentatif d’un pays en position de reconstruction.

Il va de soi que la pure ou la vraie démocratie émancipée des lourdeurs de la représentation est une utopie. Est-ce une raison pour accepter le rabattement systématique de l’hystérie de consommation ambiante sur les processus d’élection de personnages choisi systématiquement parmi les plus arrivistes, les plus hâbleurs, et les moins intéressés aux partage qu'il placent au pinacle lors des campagnes et oublient dès le lendemain du scrutin.


Le mot « démocratie » sert à toutes les argumentations dans le dispositif des opinions dites « politiques » ; il sert à soutenir tous les projets, toutes les critiques, les espérances les plus variées, les plus incompatibles.  Je voudrais donc  défendre sans parti pris, le sens pleinement politique du concept de démocratie, tel que le présente par exemple EtienneChouard, dans la finalité d’une véritable « représentation » de la « volonté générale » au travers de la volonté du plus grand nombre, et par le seul moyen qui l’exprime objectivement : le tirage au sort.

Le tirage au sort est la seule procédure qui soit susceptible de « rendre présente » sur la scène du gouvernement, l’opinion pondérée statistiquement. Il va de soi que l’élection des représentants ne le permet pas, avec ses rejetons obligatoires, que sont la professionnalisation de la fonction politique, le cumul des mandats, le clientélisme et le lobbying électoral, la collusion avec les experts et donc le court-circuit de la séparation des pouvoirs, la propagande électorale noyautée par les grands groupes de pression, la publicité morale de l’état pour la République et de la République pour l’état, la récupération mutuelle des partis par les médias et des médias par les partis.
Le tirage au sort, à l’instar de l’ « élection des représentants » permet une expression statistique objective de l’opinion moyenne sans sélectionner par mécanisme les personnalités les plus arrivistes, et donc ne correspondant pas à l’homme de base, sans qualité de fascination particulière.


A l’envers des dérives de la « représentation », fétichisme collectif des signifiants du pouvoir, toutes les procédures de tirage au sort ou d’élection portant sur des objets autres que des « représentants », ne peuvent aller que dans les sens d’une expression objective des attentes du plus grand nombre. On se confond donc en arguments devant la difficulté de mise en place de telles procédures (déjà utilisés dans certains pays tels que la Suisse), sur la difficulté pratique de la chose, sa limitation nécessaire à des petites structures, pour la réalisation pratique de procédures qu’un usage du net rendrait maintenant possibles et simples à l’échelle des plus grandes nations.

Le tirage au sort ne s’adresse pas à un « programme » ni à un parti, mais délègue la responsabilité à un acteur responsable de sa seule opinion. Le tirage au sort de volontaires non renouvelables et exerçant sur des mandats courts peut s’accompagner d’un contrôle qui aurait à être pratiqué par des groupes ou des structures elles-mêmes tirées au sort.

Les magistrats ainsi désignés ne représentent plus qu’eux-mêmes une fois en fonction et prennent leurs décisions en leur âme et conscience. De tels officiants (gouvernants ou législateurs) sont soumis à des règles de séparation des pouvoirs qui impliquent aussi les pouvoirs médiatiques, financiers et commerciaux, industriels, et particulièrement bien-sûr les partis politiques.